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[Fic] The good and proper place 1/2, The Good Place, Eleanor/Tahani [de Miss Vanjie, pour Pepito]

Titre : The Good and proper place
Auteur : Miss Vanjie (Participant 6)
Pour : Pepito (Participant 23)
Fandom : The good place
Persos/Couple : Eleanore/Tahani
Rating : NC-17
Disclaimer : Je ne possède aucun de ces personnages.
Prompt : The Good Place + Eleanore/Tahani + simulation dans laquelle Michael a prévu qu’elles étaient soulmates, Eleanor avoue assez rapidement qu’elle n’est pas la bonne personne, elles essayent de faire semblant d’être un couple parfait, ça dérape
Facultatif : sexe possible si ça te plaît, sorte d’AU historique si tu sais faire, Michael fait une simulation de reproduction historique anglaise type Austen pour Tahani mais Eleanor est pas du tout partante pour ça (d’où le cauchemar/enfer avec les réceptions, les manières, les bals)
Notes (éventuelles) : Je me suis fait plaisir avec cette situation et le point de vue interne de Tahani. J’ai adoré ce prompt.


***

Tahani Al-Jamil était en enfer. ​

Pas littéralement, bien sûr, elle était au paradis, là où elle méritait de se trouver, elle qui avait récolté des millions pour de nombreuses causes caritatives grâce à ses galas et autres dîners qui étaient les plus fabuleux du gotha et de la jet-set.

Cependant, il semblait évident qu’il y avait eu un cafouillage quelque part dans l’administration céleste et elle n’allait pas tarder à demander à parler à Sir Michael ou à son supérieur si tout ceci continuait.

Clairement, une personne aussi bienfaisante et généreuse qu’elle n’aurait pas dû se retrouver confinée à un petit manoir champêtre d’à peine 10 pièces et sans salle de bal alors qu’elle vivait entourée de demeures palatiales allant divinement du style renaissance au néo-baroque, et c’était sans même parler des jardins incroyables et parfaitement entretenus. Tahani savait pertinemment que ses fleurs étaient plus belles, mais l’enchevêtrement du jardin à l’anglaise n’avait jamais été son style, surtout dans un si petit espace. Elle n’arrivait même pas à croire que sa demeure puisse être entourée par une chose aussi plébéienne qu’un mur de brique rouge... Elle se sentait faiblir et perdre contenance rien que d’y penser.

Mais ce n’était pas encore le pire, non, le pire c’était que son âme sœur, heureusement belle, blonde, et aux proportions de poupée, ce qui complimentait parfaitement son propre teint et sa taille, son âme sœur donc était... elle était... Tahani n’arrivait même pas à prononcer le mot avec toutes ses connotations ouvrières... elle vivait dans un minuscule appartement au-dessus d’une boutique !

Il était évident qu’il y avait eu un cafouillage angélique, son âme sœur était Eleanore, il n’y avait pas de doute, mais l’une d’entre elles, objectivement Tahani, aurait dû vivre dans une demeure comme Lyme Park, le magnifique Pemberley de la version avec oncle Colin, bien sûr...

Au lieu de ça, elle était obligée de quitter son minuscule cottage recouvert de rosiers grimpants et donc d’abeilles qui ne cessaient jamais de bourdonner, monter dans sa charmante mais petite chaise et mener elle-même le cheval à la robe isabelle qu’elle avait nommé Flocon, jusqu’au bal.

Tahani était au Bon Endroit parce qu’elle était morte après une vie passée à aider les plus nécessiteux en collectant d’importantes sommes pour eux, en créant grâce à ses incroyables réceptions, une atmosphère festive, grave, mais agréable qui poussait les donateurs à être généreux. Elle avait dévoué sa vie aux autres ! C’était injuste qu’elle doive vivre dans une maison encore plus petite que celle des Benetts dans le téléfilm de 1995 !

L’injustice fut rendue plus poignante encore quand elle arriva face à la demeure majestueuse, scintillante, dans laquelle vivait Lady Victoria mais appelez-moi Vicky.
Tahani mena Flocon jusqu’aux portes ouvertes du palais néo-classique, prenant soin de ne rouler sur aucun des paons qui parsemaient l’endroit, souriant à la Janet qui prit ses rênes et l’aida à descendre de voiture. Elle monta les quelques marches en marbre de Carrare de ce qui aurait clairement dû être sa maison.

— Vicky, ma chère amie, quelle joie de vous revoir ! s’extasia-t-elle devant leur hôtesse.

— Oh, Tahani ! Je suis si contente que tu aies pu te joindre à nous. Entre donc, Eleanore est déjà arrivée et je sais comment sont les nouvelles âmes sœurs, toujours impatientes de se revoir.

Le sourire toujours aux lèvres, elle quitta Vicky et la ligne d’invités qui ne cessaient d’arriver et pénétra dans l’immense salle superbement illuminée et décorée et est-ce que ces cygnes de glace étaient en train de battre des ailes pour rafraîchir les convives ?

— Incroyable, non ?

Eleanore, une coupe et un canapé à la main venait d’arriver à côté d’elle, sa beauté blonde agréablement mise en avant dans sa robe Régence, mais Tahani ne réussit pas à se concentrer sur son âme sœur, piquée par l’horrible injustice de tout ça et consciente qu’elle était obligée de se taire et d’être au-dessus de ça parce qu’elle était clairement une meilleure personne que Vicky, même si elle n’était pas traitée comme tel !

— Tahani ?

Elle devait avoir laissé filtrer un peu de ses vrais sentiments, car Eleanore avait doucement serré son bras, l’air inquiet.

— Ce n’est rien, tenta-t-elle de dire avec toute la droiture et retenue anglaise qu’elle avait apprise sur les genoux de sa marraine Maggie Smith.

— Viens.

Et, contraire à toutes les convenances et les règles sur les âmes sœurs qui n’étaient pas encore mariées, Eleanore prit son bras et la traîna derrière une porte close dans un petit salon peu illuminé qui était déjà plus grand que la plus grande des pièces chez elle.

— Assieds-toi.

Avec la grâce de danseuse apprise auprès de cette chère tante Sylvie, Sylvie Guillem bien sûr, Tahani laissa sa tristesse la tirer vers le bas, sur la causeuse juste un peu trop clinquante pour véritablement être chic.

Son âme sœur prit place juste à côté, se saisissant sans peur et sans penser aux convenances, de ses mains gantées.

— Tu ne devrais pas être triste, ton visage superbement symétrique et ton corps incroyablement bien proportionné ne sont pas faits pour ce type d’émotions, c’est comme voir un chiot malheureux mais sans avoir envie de se moquer de lui parce que tu restes incroyablement sexy et attirante malgré tout.

— Eleanore ! C’est tellement osé de ta part... fit-elle semblant de s’offenser tout en se rengorgeant parce qu’une femme bien née ne parlait pas du corps de son âme sœur.

— Ma chère, tu n’as pas encore vu osé, répondit l’avocate mandatée par l’ONU pour sauver les enfants, avec cette franchise mêlée de bravoure typiquement américaine et clairement fascinante.

Tahani savoura le frisson qui glissa dans son échine et maudit le fait qu’elles avaient encore six mois à attendre avant d’enfin finir de se faire la cour et pouvoir se marier et avec un peu de chance déménager de leurs minuscules clapiers. Elle n’avait pas demandé à Sir Michael mais peut-être que tous les couples non mariés vivaient dans de déprimants trous avant d’enfin emménager dans des palais...

Elle en doutait hélas, Todd et Max vivaient chacun dans un palais et n’étaient toujours pas mariés eux non plus...

Tahani laissa échapper un soupir mélodieux et d’une infinie tristesse.

— Tu veux quelque chose de plus fort que du champagne ? Il doit bien y avoir du whisky quelque part ?

— Non, Eleanore, noyer mes problèmes ne les fera pas disparaître.

— Chérie tu n’as clairement jamais essayé avec moi. Crois-moi, j’ai une méthode infailli... Mais en fait peut-être veux-tu parler de tes problèmes et que je t’écoute parler de tes problèmes parce que je suis ton âme sœur et que c’est le genre de choses qu’on fait quand on est une personne assez bien pour aller au Bon Endroit.
Eleanore l’avait lâchée pour prendre une pose sérieuse mais qui créait une terrible barre sur son front qui allait rider, enfin qui risquerait de rider si elles n’étaient pas déjà mortes et au paradis, voyons.

— Donc est-ce que tu veux en parler ? demanda son âme sœur avec un sourire faux et qui ne lui allait absolument pas mais Tahani était d’avis qu’elle attendrait qu’elles soient enfin mariées pour lui parler de ses petits défauts.

— Cette maison me...

Elle ne pouvait pas dire qu’elle était jalouse, être jalouse n’était pas le genre de choses qu’on faisait au paradis.

— Je suis juste triste de ne pas pouvoir t’offrir une aussi grande maison.
Voilà c’était exactement pour ça qu’elle regardait la demeure seigneuriale avec avidité.

— Ou de pouvoir t’offrir une tiare à la russe de Cartier, ou des œufs Fabergé ou même de simples rivières de perles et diamants, comme celles de Vicky.

Tout ce que Tahani possédait dans sa minuscule boîte à bijoux étaient de minuscules coraux et quelques émaux !

— Je ne peux même pas t’offrir des robes dignes de ce nom parce que Janet dit que seules les personnes mariées ont droit à de la soie et donc j’en suis réduite à porter du coton, du satin et ce que je soupçonne d’être de la rayonne ! De la rayonne ! Et sans plus de broderie que ce que moi je serais capable de faire en une heure parce que Janet dit que je ne peux porter que ce que je peux broder ! Tout ceci est... ridicule !

Tahani avait commencé à s’énerver pour de bon, emportée par sa passion et sa rage, se saisissant des mains minuscules et délicates d’Eleanore et les serrant de plus en plus fort, laissant sa voix monter alors qu’elle savait pertinemment qu’elle ne devrait pas, que déjà personne ne devait les trouver toutes deux seules dans une pièce sombre alors qu’elles venaient à peine d’être présentées, brièvement la veille...

— Hey...

La main gantée d’Eleanore venait de passer sous son menton, tournant sa tête vers elle.

— Tous les bijoux et les robes brodées du monde ne peuvent rendre Vicky plus belle que toi. Tu es purée de bo... bénéfique... vraiment, bénéfique ? Oui, donc je voulais dire belle et attirante, comme une superbe girafe sexy.

— Girafe ?

— Shhh...

L’index ganté d’Eleanore se posa sur sa bouche.

— Ce n’est pas l’important, continua son âme sœur en rapprochant son visage et le cœur de Tahani se mit à battre, fort, plus fort qu’il n’avait battu quand elle avait été embrassée par Chris Evans et par le prince Harry, pas en même temps bien sûr, mais peut-être que c’était parce que c’était son âme sœur et d’accord elle aurait préféré que ce soit un peu plus romantique, sur une plage en train de regarder un coucher de soleil et pas dans une pièce sombre, mais même comme ça elle ne pouvait s’empêcher d’avoir les mains qui tremblaient et le souffle coupé et...

— Écoute-moi bien !

Elles sursautèrent et se jetèrent loin l’une de l’autre alors que la porte s’ouvrait sur Chidi et Jianyu, deux autres résidents qui heureusement n’avaient pas pu les voir sur le point de transgresser les règles.

— Tu te sens mieux, Tahani, tu penses que nous pouvons retourner à la fête ? demanda d’une voix forte et peu naturelle, Eleanore dans le but de leur créer une excuse.

— Oh, bien sûr Eleanore, ce doit être l’excitation qui m’a rendu faible, je me suis sentie comme Bjork lors du gala que j’ai organisé pour Médecins Sans Frontières, heureusement je l’ai vite aidée à se remettre de son épisode dépressif et ensuite tout s’est déroulé au mieux, comme cette soirée. À plus tard, Chidi, Jianyu.

Le moine et le professeur de philosophie, - et comment deux âmes sœurs pouvaient être plus prédestinées qu’un moine bouddhiste et un philosophe ! - les saluèrent alors qu’elles battaient en retraite vers l’immense salle de bal où Vicky tenait visiblement salon, sa tiare, une réplique sans imagination de la tiare Poltimore, brillant malgré tout de mille feux et plus haute que celles de tous les autres invités.

Tahani se laissa conduire jusqu’au buffet où Eleanore lui mit d’office un verre de sherry dans les mains.

— Pas du whisky mais ça fera l’affaire et ne t’inquiète pas, ma belle, on a toute la nuit pour critiquer tout ce que fait Vicky.

— Eleanore ! s’offusqua Tahani, faussement choquée, parfaitement ravie et adorant son âme sœur. Eleanore, tu viens de détrôner Beyoncé pour la place de meilleure amie dans mon cœur.

Son âme sœur se contenta de rire et vider son verre avant d’un reprendre un autre.

— Assez de gentillesses, critiquons notre hôtesse, ma trop sexy fiancée. Est-ce que tu ne penses pas qu’on pourrait entrer par effraction ici un jour et lui couper toutes ses robes ?

Tahani sourit à son âme sœur. Ce n’était pas comme ça qu’elle avait imaginé le paradis, mais elle pouvait s’adapter.

***

C’était l’enfer !

Déjà Tahani était vêtue d’une immonde espèce de salopette/blouse/pyjama pour bébé avec des rayures verticales bleues et jaunes. Alors heureusement que les rayures ne pouvaient pas la grossir, mais ces couleurs étaient criardes et répétitives et en plus elle était sûre que ce tissu désagréable était une sorte de skaï...

Oh, et le monde était devenu fou, des poubelles tombaient du ciel et des ciseaux géants parcouraient l’azur et poursuivaient les résidents qui criaient et couraient en tous sens. C’était ridicule, elle était ridicule et elle aurait dû rester à la maison plutôt que d’exhiber sa honte en pub...

— Tahani !

Ce n’était pas suffisant que Sir Michael, traumatisé par ce qui arrivait à Littleton, son quartier patiemment construit l’ait vue, il fallait aussi qu’elle croise son âme sœur.

Eleanore, elle, n’était pas vêtue de ces immondes choses, loué soit oncle David, avec sa petite taille et silhouette, elle aurait été avalée par le motif ! Non, elle portait une jolie petite robe de jour, un peu simple, le spencer n’avait qu’à peine quelques broderies, mais au moins elle restait ravissante et la plus belle des âmes sœurs du Bon Endroit. Contrairement à Vicky, ridicule dans sa salopette de prisonnier ! Et c’était sans compter sur l’incongruité de sa tiare soudainement saphir et topaze... Ridicule !

La main d’Eleanore prit la sienne et Tahani sentit immédiatement la chaleur et la douceur incroyable du gant de son âme sœur contre sa peau nue, parce que bien sûr être dans ces couleurs primaires ne suffisait pas comme punition, elle n’avait pas de gants alors qu’elle était dehors ! Un fashion faux pas en plus d’être indigne d’une lady de son rang et de son prestige...

— Par ici ! déclara l’Américaine en l’emportant loin de la ruée, comme cette fois où elle avait aidé Daniel Craig à répéter avant son tournage parce que l’actrice française avait eu un retard à cause d’une grève.

Au milieu de la dévastation, gracieuse et distinguée même en esquivant des poubelles, Tahani avançait, courant à une vitesse exhilarante, sa main précieusement accrochée à celle de son âme sœur.

Elles s’arrêtèrent sous un porche près d’encore un autre vendeur de pudding.

— Oh, Eleanore, que se passe-t-il ? demanda Tahani paniquée parce que même si une lady comme elle devait « Keep calm » et « carry on », elle ne pouvait que paniquer à se retrouver dans une tenue aussi terriblement criarde et peu adaptée aux codes de la mode qui régnaient au Bon Endroit.

Son œil de lynx remarqua immédiatement la crispation passagère des traits de son âme sœur.

— Je n’en sais rien, Tahani.

La pluie de poubelles s’intensifia autour d’elles et Tahani sursauta quand un sac explosa juste à côté de sa jambe, manquant de l’éclabousser de son « jus ». Heureusement, souple et gracieuse comme la prima ballerina qu’elle avait été, Tahani sauta dans les bras d’Eleanore qui réussit à la tenir malgré tout et sauver ainsi ses jambes du terrible accident.

— Wow, je savais même pas que j’étais capable de faire ça ! Et tu es pu… parfaitement plus légère que ce que ta taille pourrait laisser penser.

— C’est génétique, j’ai la musculature et les os creux d’un oiseau, dit Tahani toujours dans les bras qui maintenant tremblaient, de son âme sœur.

— Oui, donc tu es moins lourde que prévu, mais je réussirai pas à te tenir longtemps quand même, conclut Eleanore alors que Tahani descendait de plus en plus vers le sol et que les tremblements s’intensifiaient.

La lady libéra donc son âme sœur, glissant contre son corps pour se mettre debout, et se retrouvant pressée contre sa stature de délicate poupée. Naturellement les mains d’Eleanore se posèrent sur sa taille fine malgré l’horrible et informe chose qu’elle portait et l’Américaine essaya vainement de ne pas fixer l’opulente poitrine de Tahani.

Le bruit explosif et horriblement humide des poubelles continuait et Tahani se pressa un peu plus, craignant une fatale éclaboussure. Eleanore avait commencé à remonter ses mains le long de ses flancs et la lady frissonna.

— Wow ! J’arrive pas à croire qu’ils sont réels. Ils doivent l’être puisque nous sommes ici, mais wow !

Son âme sœur avait cessé de lutter et contemplait ses seins avec fascination.

— J’ai pensé à un moment très difficile de ma vie à avoir une opération de chirurgie plastique, mais le médecin a refusé, alléguant que ce serait un crime contre Dieu de les réduire… avoua-t-elle alors que l’Américaine continuait de les fixer. Mais les tiens sont charmants aussi et d’une taille tout à fait proportionnée à ton corps, se hâta-t-elle d’ajouter en rougissant légèrement parce qu’Eleanore et elle avaient beau être âmes sœurs, elles ne se connaissaient que depuis deux jours et une dame comme il faut ne parlait pas de seins avec son âme sœur avant au moins un mois après leur mariage…

— Huh, fut la très élaborée réponse.

Le bruit des poubelles s’écrasant contre sol, murs et toits, commençait à s’espacer.

— On dirait que ça se calme, déclara Tahani en lâchant, à regret les bras nus d’Eleanore et en séparant leurs corps, brisant la ligne de vision de son âme sœur.

Habituellement, Tahani n’avait aucun mal à passer à autre chose et laisser quelqu’un derrière, mais là, elle ne savait pas si c’était parce qu’elles étaient faites l’une pour l’autre, ou parce que très honnêtement les gens ici n’avaient pas été assez admiratifs de sa beauté et de son être tout entier, mais elle ne voulait pas la quitter, elle voulait surtout garder son corps pressé contre le sien et l’écouter lui faire de très étranges mais complètement sincères compliments. Et peut-être la laisser la caresser et découvrir en retour son corps de poupée blonde…

— Tahani ?

— Oui, dit-elle, sa rougeur heureusement cachée par sa peau couleur du meilleur chocolat au lait élaboré par un MOF.

— Tu es mon âme sœur, n’est-ce pas ? Tu es un peu obligée de m’aimer et de me soutenir quoi qu’il arrive…

— Bien sûr, ma loyauté à ton égard, ne peut avoir d’équivalent que celle de cette chère Tante Iman et mon regretté oncle David…

— Okay… Cool… répondit Eleanore avec ces tics de langage si typiquement américains.

Un silence passa et on entendait plus que quelques poubelles éparses, le cri des ciseaux sillonnant le ciel avait disparu à présent.

— Il faut que je te dise…

— Enfin, je vous retrouve, nous étions tous très inquiets !

— Sir Michael !

L’architecte et créateur de Littleton, leur quartier du Bon Endroit, venait d’arriver, les cheveux ébouriffés, l’air hagard et…

— Oh non, Sir Michael ! Votre bel habit ! se désola Tahani en voyant toute cette soie brodée - de motifs étranges et peu conventionnels tels qu’un frigo, un caniche et le logo de la marque BIC, certes – tachée et maculée de terribles morceaux de poubelle.

— Heureusement vous êtes saines et sauves et vous avez évité de finir comme cette pauvre Lady Vicky, agressée par les ciseaux géants. Heureusement, elle n’a pas été blessée.
Tahani vit, du coin de l’œil, Eleanore blanchir, mais son attention retourna vers le créateur de ces lieux, qui malgré le terrible défaut de ne pas avoir donné à Tahani la maison qu’elle méritait était un être charmant et aux pouvoirs inimaginables et donc capable, elle l’espérait, de finir par se rendre compte de son erreur.

***

L’incident, comme les résidents de Littleton s’étaient décidés à le nommer pour éviter de donner des flashs traumatiques à Sir Michael, semblait être loin derrière eux et oublié quand Tahani se rendit au pique-nique champêtre organisé, une fois de plus, par Lady Vicky. Tahani avait bien essayé de proposer ses services hors pair d’organisatrice des meilleurs évènements mondains, mais Sir Michael lui avait distraitement dit de prendre ça comme un repos bien mérité et elle était prête à mettre sa main au feu que Vicky lui avait adressé un petit sourire de victoire hautain.

Les nappes de pique-nique, très sagement et sans aucune imagination, d’un vichy décliné en plusieurs couleurs pastel, parsemaient le très vert flanc de colline autour du paisible lac. D’ici on avait une vue imprenable sur les plus belles propriétés de l’endroit et, bien malgré elle, Tahani ne pouvait que comparer sa petite maison sise juste à l’orée du palais où vivait lady Vicky.

Assise sagement, Tahani était en train de gracieusement grignoter une gougère aux épinards alors qu’Eleanore essayait avec sa petite face de poupée toute plissée de mécontentement de décortiquer sa crevette avec ses couverts à crustacés.

— Quelle idée de servir des crustacés à un pique-nique, soupira Tahani, offensée pour son âme sœur et clairement critique de la mécompréhension de ce qui constituait de la nourriture de pique-nique acceptable.

— Oh et puis mercredi ! s’énerva Eleanore en enlevant ses gants au grand choc de Tahani et en se mettant immédiatement à décortiquer sa crevette, le jus coulant bien sûr sur ses doigts et menaçant sa robe malgré les deux serviettes posées dessus en prévention.
Fascinée par son audace autant qu’atterrée par son manquement aux convenances, Tahani la regarda dévorer avec un sourire satisfait et vengeur, une puis deux, puis trois, puis… beaucoup de crevettes, s’arrêtant à chaque fois pour sucer les têtes, lécher ses doigts et plus d’une fois parcourir de sa langue toute la longueur de son avant-bras, suivant une goutte qui menaçait la blancheur immaculée et ornée de dentelles de sa robe.

C’était un comportement terriblement cavalier, presque animal et étrangement excitant et Tahani ne pouvait s’empêcher de frissonner en imaginant cet appétit soudain tourné vers elle lors de leur nuit de noces…

Avec un soupir de satisfaction et en demandant à une Janice de lui apporter de quoi se laver les mains, Eleanore tourna son attention vers son âme sœur.

C’était la première fois qu’elles étaient presque seules depuis l’incident, jusque lors, Tahani avait été plus surveillée que le Koh-I Noor que son ancêtre avait offert à la reine Victoria et il y avait toujours quelqu’un pour les chaperonner. Mais aujourd’hui, Chidi avait emporté Jianyu à peine s’étaient-elles installées sur la nappe et personne d’autre ne semblaient leur prêter attention, ce qui expliquait qu’Eleanore avait pu prendre la liberté de ne toujours pas remettre ses gants alors qu’elle venait de rincer ses mains dans une bassine d’argent massif superbement ciselé avec une technique évoquant celle des orfèvres viennois du XVIIIe siècle.

— Tu es en train de penser à tout ce que tu aurais pu faire de mieux que Vicky, hein ?
Les yeux bleus d’Eleanore la contemplaient d’un air amusé et pourtant profond. Tahani hésita, mais elle était entrée au Bon Endroit parce qu’elle en était digne, elle ne s’abaissa donc pas à mentir à son âme sœur même si un blanc mensonge n’avait jamais fait de mal à personne et au contraire souvent sauvé bien des situations sociales.

— Le vichy de ces nappes est une insulte, nous aurions pu partir sur des nattes en bambou tressé et coloré avec une nourriture plus exotique ou au contraire des tapis orientaux accompagnés de délicieux thalis…

— Tu es un parfait mélange d’égoïsme et de snobisme, je crois que je suis totalement amoureuse de toi.

— Eleanore ! s’exclama-t-elle choquée !

La main nue de son âme sœur se saisit de la sienne, son pouce venant caresser la peau douce et sensible, si fine, à la frontière du gant.

— Tahani, tu es la femme la plus égoïste et snob que je n’ai jamais rencontré et ça ne fait que rendre mon amour pour toi, superbe girafe sexy, qu’encore plus grand.

L’Américaine retourna sa main et ses lèvres se posèrent sur la veine à son poignet. Tahani trembla, devant l’audace, oui, mais aussi, et surtout devant le désir qui la submergea immédiatement.

— J’aime t’entendre parler de toi, ma narcissique beauté, avec ta voix profonde et accentuée et on dirait que chaque parole roule sur ta langue, parfaite, comme une caresse de velours. J’ai tellement hâte de sentir cette langue sur…

Tahani savait que cette fois-ci son teint chocolat au lait ne suffirait pas à cacher la rougeur qui gagnait ses joues, tout comme elle ne réussissait pas à lutter contre ses seins qui durcissaient contre le lin de sa robe ou la façon dont elle sentait ventre et bas-ventre se contracter au rythme des paroles superbement sensuelles, de plus en plus terriblement obscènes que prononçaient sa…

— Oh mon dieu !

L’exclamation de Vicky, bien sûr que c’était Vicky, les interrompit et Eleanore se hâta de lâcher sa main.

— Où sont vos chaperons ? exigea de savoir la lady la plus en vue de Littleton alors que l’Américaine essayait discrètement de remettre ses gants.

— Sûrement parti bai… se baigner, offrit Eleanore.

— Chez eux, ils viennent juste de s’éclipser, se hâta de rajouter Tahani, une bien meilleure fileuse de vérité que son âme sœur. Jianyu avait trop médité au soleil et Chidi a préféré l’accompagner pour lui éviter d’avoir un malaise sur le chemin, vous venez juste de les rater, lady Vicky.

Sa tiare, cette fois-ci une imitation de celle de Cartier pour la Bégum, resplendissante au soleil, Lady Vicky les regarda d’un regard qu’on ne pouvait qualifier que de suspicieux.

Elle finit par s’asseoir, juste entre elles deux.

— Écoutez, je sais ce que c’est que d’être jeunes âmes sœurs et pas encore mariées, lorsque mon Philip et moi-même avons eu nos six mois de fiançailles nous brûlions tous deux de nous prendre la main, chaque jour, devant mon miroir, hésitant entre mes robes et mes parures je me demandais s’il les aimerait, chaque fois que je passais dans une des innombrables pièces de la maison, je me demandais s’il ne fallait pas que je change la décoration, quoi que je fasse, quelles que soient les responsabilités que me donnait Sir Michael, je ne cessais de penser à lui et tous les compliments et les remerciements des autres habitants ne m’étaient rien tant je craignais de le décevoir lui…

Tahani ouvrit la bouche pour répondre. Mais Vicky continua.

— Bien sûr aujourd’hui tout ceci est derrière nous et nous profitons d’une parfaite harmonie de nos cœurs et de nos corps et alors que nous nous promenons tous deux dans notre parc, parfois il s’arrête pour m’enlacer et j’ai beau lui dire de faire attention aux perles brodées sur mes vêtements il…

Tahani sentit la main, à nouveau gantée, d’Eleanore serrer la sienne dans le dos de Vicky, un soutien bien nécessaire face aux innombrables vantardises de celle qui se disait une lady.

***

L’incendie prit, au milieu de la nuit suivante, juste à côté de l’immeuble où vivait Eleanore. La pauvre avait dû fuir son lit et son appartement avec juste sa chemise, une robe de chambre et ses pantoufles, attendant l’arrivée d’un Sir Michael paniqué et d’une Janice efficace mais perplexe. Les flammes furent maîtrisées et éteintes, la maison déclarée sinistrée, ses habitants, Gunther et Paul, envoyé dormir chez quelqu’un d’autre, et l’affaire quoi qu’étrange et méritant une enquête plus approfondie n’alla pas plus loin.

Le lendemain, chaque fois qu’Eleanore tenta de lui parler seule à seule, chaque fois que sa main se posa un instant de trop sur son bras, elles furent interrompues et, lorsque vint le dîner chez Lady Felicity et que Tahani sentit un pied gainé de soie caresser sa cheville, elle ne put qu’admirer la souplesse et la détermination de son âme sœur qui lui envoyait un sourire complice.

Un nouvel incendie se déclara, dans l’immeuble face à celui d’Eleanore.

Sir Michael était malade d’inquiétude et Tahani essaya de lui proposer d’organiser une fête ou une association de pompiers pour lui remonter le moral mais rien n’y fit.
Tahani avait été choisie comme modèle pour le cours de peinture du jour. Un autre jour, elle aurait savouré son statut de muse, et la façon dont Eleanore la regardait, mais elle ne cessait de repenser à ces feux et de se demander si son âme sœur était à l’abri.
Eleanore l’attrapa dans la Seconde Bibliothèque de la demeure de Vicky pour la rassurer et en profiter pour se presser contre elle et susurrer à son oreille. Tahani comprenait que son corps gracieux et parfaitement proportionné pouvait tenter bien des gens et la laissa faire avec grand plaisir, se délectant de la sensation de ces boucles blondes contre ses doigts alors qu’elle baissait la tête pour embrass…

Elles furent une fois de plus séparées et cette nuit-là, l’appartement d’Eleanor prit feu, spontanément. Alertée par Janice, selon la procédure pour les âmes sœurs en péril, Tahani se hâta de proposer à Sir Michael d’héberger sa promise, malgré la petite taille de sa maison, elle avait assez de chambres pour loger l’Américaine confortablement, mieux en tout cas que dans un appartement au-dessus d’une boutique de pudding.

Sir Michael, plus échevelé que jamais, et les yeux totalement écarquillés, fut sur le point d’accepter, aurait accepté, si Vicky n’avait pas débarqué à ce moment-là pour annoncer qu’elle hébergerait Eleanore chez elle et qu’ainsi Tahani n’aurait que le parc à traverser pour venir voir son aimée…

***

Tahani était en enfer !

Il y avait déjà trois jours qu’Eleanore était hébergée chez Vicky et Tahani n’en pouvait plus. Non seulement il lui fallait tous les jours traverser le jardin à la française parfaitement entretenu et aux fontaines dignes de Versailles, pour aller voir sa promise, et ensuite s’asseoir et patienter dans des salons magnifiques malgré le déluge d’ors et de styles disparates (qui mettait du Louis XV avec de l’Art Déco ? Qui ?), mais en plus, Vicky avait décidé sur un coup de tête de prendre en pitié Eleanore et de lui prêter robes et bijoux. Tahani n’avait aucun problème à voir son âme sœur enfin dignement vêtue et ressemblant à une de ces adorables poupées de porcelaine avec lesquelles elle avait joué chez sa regrettée marraine Diana, mais se présenter devant l’Américaine dans un salon somptueux avec une simple robe en baptiste peu brodée et un camée pour tout bijou était clairement inacceptable ! Elle avait un port de reine et c’était un véritable affront que de la faire aller tête nue au milieu de ces tiares et de ces turbans. Parce que oui, il n’y avait même pas un turban dans la garde-robe de Tahani parce que visiblement Janet avait déjà donné aux autres résidentes tous les modèles disponibles dans sa banque de données et puisqu’aucune femme ne voulait être vue en train de porter la même chose qu’une autre, Tahani en était réduite à n’avoir que ses superbes cheveux comme parure. Elle aurait préféré telle Ève n’avoir que ces cheveux pour parure si ça voulait dire que tout le monde était logé à la même enseigne et que Vicky se voyait privée de tous ses bijoux et ses soieries.

— Oui, Tahani, tu veux bien nous montrer comment faire ?

Tahani se força à faire un doux sourire à la mauvaise maîtresse de maison qui avait oublié de leur demander si elles voulaient du citron avec leur thé.

— Vous montrer comment marcher avec un port de reine ? Bien sûr !

C’était l’occasion, non seulement de montrer à Vicky, qui ici était la véritable lady et méritait de s’occuper de toutes les réceptions, mais aussi de porter une tiare avec de véritables pierres, pas ce ridicule bandeau à peine rehaussé de coraux qu’elle se devait de garder pour les grandes occasions.

— J’en serais ravie, Lady Vicky. Je pense que votre tiare la plus lourde servirait à faire la démonstration, bien sûr, j’ai appris toute petite avec la tiare Spencer, mais à l’époque mon cou était trop délicat pour tenir quoi que ce soit d’autre. À présent, je pourrais même porter sans difficulté la Imperial State Crown. Je l’ai essayée un jour, lorsque je sortais avec Harry, ce fut fort amusant.

Vicky ouvrit la bouche. Puis la referma.

Tahani attendit, gracieuse, le sourire aux lèvres, elle était Lizzie Bennett et Vicky était l’insupportable et imbue d’elle-même Lady Catherine de Bourgh, incapable de se rendre compte de son propre ridicule.

— Oh, non, je pense qu’un dictionnaire sera amplement suffisant, n’est-ce pas ainsi que l’on apprend ? Eleanore et moi-même retirerons nos bijoux pour l’occasion, ce me semble beaucoup plus approprié.

Le sourire de Tahani se figea, mais elle ne le perdit pas, trop habituée à continuer d’être charmante même dans les pires situations.

— Bien sûr, lady Vicky.

La perfide et hypocrite maîtresse des lieux, lui donna un énorme dictionnaire de latin qui sentait le moisi et Tahani serra les dents, n’attendant qu’une occasion de pouvoir se plaindre à la seule personne qui la comprendrait et oserait elle aussi critiquer l’insupportable arriviste : son âme sœur.

Mais depuis qu’Eleanore vivait dans le palais et que Vicky s’était déclarée sa chaperonne, elles ne pouvaient jamais être seules, jamais, leur cerbère était sans cesse sur leurs talons et même le plus simple des gestes était observé par un œil sévère et réprobateur. Tahani en venait à frissonner juste quand le bas de sa robe touchait celui d’Eleanore et elle avait failli gémir de plaisir lorsque, sous prétexte de lui passer un tambour de broderie, son âme sœur avait fait glisser son index ganté contre la chair fine et délicate de son poignet.

Les incendies avaient cessé en ville, mais ne s’étaient pas arrêtés pour autant, parfois, en plein milieu de la nuit, un arbre s’enflammait sans raison et Vicky refusait de laisser partir Eleanore à cause du danger et Tahani devenait folle de rage, de besoin de parler, de désir aussi.



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Tags: auteur:miss vanjie, fic, pour:pepito, the good place
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