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[Fic] Don't you know I've been burned, Sweet Vicious, Jules/Ophelia [Julie d'Aubigny à Petrichor]

Titre : Don't you know I've been burned
Auteur : Julie d'Aubigny (Participant 25)
Pour : Petrichor (Participant 3)
Fandom : Sweet/Vicious
Persos/Couple : Jules, Ophelia, Harris et quelques autres en fond. Jules/Ophelia
Rating : M, mentions de violences sexuelles, physiques et psychologiques, du suicide.
Disclaimer : Rien à moi, sinon il y aurait une saison 2.
Prompt : Sweet Vicious (TV) : Jules/Ophélia. Daemon AU ! Je n’ai pas de problème avec de la violence et du hurt, tant qu’au final c’est tempéré par de l’humour, du confort, voir même une pointe de fluff ! :) Tu peux choisir d’explorer ce que la série aurait donné avec des daemons, ou au contraire reprendre à la fin, avec une nouvelle enquête/vengeance, et gérer le fait que les bases de la relation de Jules avec son copain ne sont pas du tout saines, les questions qu’elles se pose, et son rapprochement avec Ophelia, etc ! Tu peux faire grimper le rating autant pour la violence que pour le sexe. J’aime beaucoup tous les personnages secondaires ! :D
Notes : Se passe après la fin de la série, dans un hypothétique univers alternatif. Il y a surtout de la violence et du hurt, seulement un soupçon de fluff avec du Jules/Ophelia. J'ai adoré écrire cet univers particulier, merci beaucoup pour le prompt. Au final, je n'ai pas eu le temps de développer tout ce que tu me demandais. J'espère que j'aurais l'occasion de m'attarder un peu plus dans ce monde dans un futur proche et y apporter tout ce qu'il lui manque.



Si on avait dit à Ophelia et Stellarion un auparavant, qu'ils se trouveraient à utiliser leurs talents de hackers pour traquer et piéger des harceleurs sexuels, violeurs et autre délinquant du même genre, pour les passer à tabac, la paire leur aurait ri au nez. Ils n'avaient rien de comparable à des justiciers. Déjà, ils n'avaient aucune force physique et de deux, aucune volonté de suivre aveuglément un vague concept de droiture alors qu'ils vendaient de la drogue. Pour eux, la loi n’existait que comme une chose floue qu'ils pouvaient allègrement piétiner. Et puis leur chemin croisa celui de Jules et Noctinum au détour d'une ruelle.
Leur rencontre bouleversa tellement de choses dans leur vie, au final bien rangée. Ils s'étaient transformés à leur contact. Pour le meilleur sans aucun doute.

-À quoi tu penses ? demanda soudainement Jules, interrompant ainsi le petit tour dans le passé qu'Ophelia venait de faire.

-Je me demande seulement qui choisir parmi toutes ces pourritures.

-Tu n'as pas une idée sur la manière dont nous allons nous y prendre ?

-Non, aucune, soupira Ophelia. Regarde ça, ajouta-t-elle en pointa l'écran de son ordinateur, comme si cela ne faisait pas plusieurs heures qu'ils se tenaient là tous les quatre à voir les dizaines de messages s'afficher à une vitesse folle. Depuis qu'ils s'étaient branchés sur leur plate-forme, un millier de demandes était apparu. Bien plus qu'ils ne l'avaient espéré. Beaucoup trop même. Apparemment les vingt-six rejets de poursuite n'étaient que la partie émergée de l'iceberg.

-Je suis absolument ravie que Sweet/Vicious fonctionne aussi bien, mais savoir que c'est parce que toutes ses victimes ont subi des violences me rend malade. Imaginer ce qu'elles ont dû subir sans pouvoir l'exprimer jusqu'à maintenant me révulse.

-C'est dur de se réjouir devant tout le travail qui nous attend, confirma Noctinum perché comme à son habitude sur l'épaule de Jules. Toutes ces personnes se manifestent parce qu'elles veulent que justice leur soit rendue et se sont tournées vers nous pour ça. Alors, c'est ce que nous allons faire et le plus rapidement possible. Le reste importe peu.

-Peut-être, rétorqua Stellarion, silencieux jusqu'à présent, perché sur les cuisse d'Ophelia. Cependant, nous ne pouvons pas nous lancer tête baissée dans cette nouvelle croisade. Il faut nous montrer plus prudent et plus méthodique. Nous avons trop de fois frôlé la catastrophe.

Si Jules pouvait se montrer intraitable à ce sujet, Noctinum était encore plus implacable et buté. Les violences qu'ils avaient tous les deux subi de la part du Dæmon de Nate l'avait marqué très profondément. Toucher le Dæmon d'une autre personne était tabou, mais s'en prendre physiquement à lui était un crime encore plus grave. Son ressentiment gangrenait sa façon de penser et pouvait le pousser à se montrer très violent.
Certes, Jules s'était montrée très réticente à parler de ce qui s'était passé cette nuit là entre elle et Nate, mais elle s'était déjà ouverte à demi-mots. Noctinum, lui, n'avait absolument rien dit à ce sujet. Seuls les marques qui subsistaient, si on savait où regarder, pouvaient donner une idée de ce qu'il avait pût subir. Ophelia et Stellarion n'avaient pas cherché à savoir, respectant son désir de garder ce passage tragique pour lui.
Seulement, tout comme Jules, s'il n'en parlait pas, il finirait par exploser au pire moment, comme il l'avait déjà fait une fois. De leur paire, c'était lui le plus vicieux et teigneux. Et tout deux craignaient qu'il n'en arrive à tuer un autre Dæmon ou humain. Ou bien pire, les deux. Sa rage était à ce point encrée en lui. Stellarion redoutait le moment qui lui ferait franchir cette limite. Il ne savait pas ce qu'il pouvait dire ou faire pour soulager Noctinum. Son cœur se serrait à chaque fois qu'il y pensait.

-Cette fois, continua Stellarion comme si de rien n'était, nous risquons beaucoup plus. Les yeux de tout le campus sont certes rivés sur nous comme nous le souhaitions, mais nous avons sans aucun doute aussi attiré l’œil des autorités. Nous avons aussi fait passer le directeur de l'université pour un incompétent, alors je doute beaucoup de nos chances de réussites si nous ne nous préparons pas le plus minutieusement possible. Certes, nous avons cette fois-ci l'aide d'Harris et de Lunalys, mais je ne suis pas sûr que cela suffise. Nous ne pouvons plus nous contenter de nous laisser porter, de nous laisser surprendre et d'avoir à improviser ou bien de créer des plans à la dernière minute. Il n'y a plus de marge d’erreur à présent. Il faut que chacun d'entre nous ait ça en tête en permanence.

Stellarion espérait de tout son cœur que son discours atteigne Noctinum. Peut-être que la logique de ses arguments le ferait réfléchir un minimum. Sinon, il faudrait qu'il s'en remette à la supplication. Il n'était pas réfractaire à la méthode si cela permettait de tous les sauver. À ce stade, il était prêt à tout tenter. N'importe quoi pour sauver l'une de personnes qui comptait le plus pour lui.

Noctinum resta un moment muet avant de détourner le regard et de hausser les épaules. Cette apparente insouciance troublait encore plus Stellarion qu'une simple rebuffade. Lorsque son ami se montrait fuyant, c'est là qu'il fallait se méfier. Noctinum pouvait faire croire à tout le monde qu'il respectait leur opinion et abondait dans leur sens, alors qu'en fait, s'était simplement une manière pour lui de gagner du temps, en attendant de pouvoir faire comme il l'avait décidé dans le dos de tout le monde.
Stellarion se résolut à le suivre très attentivement dans les temps qui suivrait. Il n'aimait pas vraiment son accord tacite. Noctinum n'était pas du genre à laisser la victoire sans une guerre totale.

-Bon et si nous remettions ça à un tout petit peu plus tard ? Histoire que ce ne soit pas l'adrénaline qui nous fasse agir, mais plutôt la logique ? De toute façon, ce genre de plan ne se décide pas en cinq minutes. Nous pouvons bien prendre un peu de temps pour réfléchir avant de nous lancer dans cette histoire à corps perdu.

-Il a raison, déclara de manière inattendue Jules. Nous sommes passés très près de la catastrophe ces derniers jours. Je crois que prendre un petit peu de recul ne nous ferais pas de mal. Et puis, ce n'est pas comme si nous allions définitivement arrêter Sweet/Vicious Noctinum. Nous allons prendre juste un peu plus de précautions que d'habitude. Certes, Harris et Lunalys nous prêterons main forte à présent et je ne doute pas que leur aide soit très précieuse, seulement, ne nous voilons pas la face : ce combat titanesque ne sera pas plus facile à cause de ça. Lorsque nous n'avions que quelques clients nous avions déjà des difficultés à mettre nos plans en action sans accroche, alors maintenant... Je n'ai rien oublié de notre promesse Noctinum. Je veux simplement être sûre que nous soyons tous libre d'en profiter.

Ce discours pris apparemment de court Noctinum qui tourna la tête vers Jules les yeux ronds. Il ne s'attendait visiblement pas à ce qu'elle lui tienne, elle aussi, ce genre de propos. Stellarion espérait que cela serait enfin suffisant pour atteindre son cœur endurcit.

-D'accord, concéda-t-il enfin.

-Tu ne le regretteras pas, ajouta alors Ophelia le sourire légèrement forcé.

-J'espère bien, répondit-il vivement tout en déployant ses ailes.

Dans cette simple phrase, Stellarion sentit toute la tension de Noctinum, prête à exploser. C'est pourquoi il intervint immédiatement pour proposer de manière faussement enthousiaste de quoi grignoter. Il savait que sans cela, tous les progrès qu'ils venaient juste de faire s'envoleraient rapidement en fumée. Et malheureusement, il n'y aurait aucun autre moyen de pacifier les choses.
Par chance, Noctinum décida de ne pas se montrer têtu et de le suivre dans son changement brusque de sujet. Stellarion se retint à peine de souffler de soulagement.
L'avenir lui dirait bien assez tôt s'il avait eu tord ou non de s'inquiéter.

*

Durant les quarante-huit heures suivantes, chacun essaya de mettre du sien pour faire avancer les choses sans accroches. Les propositions fusèrent dans tous les sens, certaines totalement irréalisables, mais l'enthousiasme général motivait et permettait de se montrer plus inventif et de faire des suggestions qui autrement, n'auraient jamais passé les lèvres de quelqu'un. Cette émulation fonctionna plutôt bien, puisque même Noctinum se pris au jeu. Au final, ils parvinrent à trouver un compromis dans leur vision respective de ce que devait devenir Sweet/Vicious. Chose qui semblait encore improbable deux jours auparavant. Comme quoi, les solutions existaient si on prenait la peine de les chercher.
La nouvelle perspective qu'apportait Harris et Lunalys se montra très utile puisqu'ils pointèrent assez rapidement des failles que ni Jules et Noctinum, ni Ophelia et Stellarion, n'avait jamais prêté attention. Des petites choses tellement évidentes, qu'ils se demandèrent comment ils avaient pu passer à côté avant qu'ils n'en parlent. Les deux leur répondirent que c'était tout simplement parce qu'ils n'arrivaient pas à prendre du recul pour gagner en perspective.
Tous les six travaillèrent de concert pour mettre au point une méthode qui leur permettrait de répondre de manière la plus correcte et la plus rapide aux appels à l'aide envoyés.
Ils mirent au point un système de filtre qui leur permis de trouver les similitudes entre les différentes agressions qui leur avaient été signalées et les regrouper par individu responsable. Ils arrivaient à présent à mettre à jour les schémas spécifiques de chacun des assaillants sans que cela ne leur prenne des jours et des jours. Ce qui leur permettrait très certainement de sauver un bon nombre de futures victimes potentielles.
Au milieu de tout cela, l'un des prédateurs se dégagea assez rapidement du lot. Il avait des méthodes particulièrement immonde pour s'en prendre à ses proies. C'était l'un des pires auquel ils avaient eu à faire jusque là. Dans un premier temps, il espionnait ses proies pendant des semaines, s'assurant de tout savoir d'elles, ensuite, ils s'introduisaient chez elles à intervalle régulier pour leur dérober des affaires et leur faire peur. Parfois, il laissait son dæmon derrière lui. Il continuait ainsi pendant des jours cette guerre psychologique avant de s'en prendre physiquement à elles et de les marquer comme du bétail. Elles et leurs dæmons. Chaque témoignage était une plongée encore plus profonde dans l'abysse. Il s'amusait à torturer ses victimes sur le long terme, s'en prenant parfois à nouveau à elles, après les avoir laissées tranquille pendant des mois. Elles vivaient dans une terreur constante. Deux d'entre elles s'étaient suicidées, quatre avaient fini par partir, les autres tentaient tant bien que mal de survivre.
Ils avaient dû plusieurs fois s'arrêter de lire le récit des victimes pour aller pleurer, hurler, prendre l'air ou bien vomir. Noctinum était dans un état à la limite de la rage folle furieuse. Ils en étaient venus à le restreindre de peur qu'il n'aille seul confronter ce déchet de l'humanité.
Voir dans un tel état son ami brisait le cœur de Stellarion. Sa souffrance était palpable et ne pouvoir lui donner ce qu'il souhaitait un déchirement. Mais lui, ainsi que la toute petite partie rationnelle de son cerveau savait parfaitement qu'ils ne pouvaient pas se lancer comme cela, sans un plan en béton. Parce que ce prédateur ne serait pas facile à berner, il était vraiment très intelligent. Il opérait depuis des années sur le campus en toute impunité et comptait parmi ses victimes une jeune femme ayant obtenu les meilleurs résultats de la filière informatique depuis une décennie. Pourtant, il avait réussi à s'introduire dans ses appareils pour lui voler leur contenu. Ils n'avaient donc pas affaire à un incapable.

Il leur fallut aussi plusieurs jours avant de pouvoir mettre un nom et un visage sur le prédateur en question. L'individu était du genre méfiant et fuyant, ce qui n’arrangeait vraiment pas du tout leur plan. Dur d'établir une méthode efficace lorsque l'ennemi en face était suffisamment rusé pour flairer le piège de très loin.

-Alors, qu'est-ce que vous avez trouvé sur lui ? demanda Jules à peine le pied dans son appartement.

-Grant Trevor, commença aussitôt Ophelia, vingt-cinq ans, études de sciences de la biochimie. Major de sa promotion depuis son arrivée. Excellent membre de la communauté, doux avec ses camarades, bon pédagogue. Il a aussi le cœur sur la main et n'hésite pas à aider ceux qui ont des difficultés.

-En résumé, l’étudiant parfait, tout à fait insoupçonnable, pointa Jules.

-Exactement, répondit Harris. Lunalys et moi avons enquêté sur le terrain et il s'avère que tous ses petits camarades l'apprécient énormément. Certains lui vouent presque un culte. Ce type a une influence énorme sur le reste des étudiants de sa section. C'est hyper malsain, mais personne ne se rend compte de quoi que ce soit. Ils sont bien trop préoccupés par les différentes découvertes et papiers publiés jusqu'à présent.

-Ce genre de type arrive toujours à étendre suffisamment son influence pour endormir tous les autres et lui est particulièrement doué pour ça ! pointa Lunalys.

-Personne n'a de doute sur sa crédibilité ? demanda alors Jules.

-Malheureusement, non, annonça Harris clairement chagrin de son échec. J'ai eu beau chercher une quelconque voix contraire, je n'ai rien trouvé. Le corps professoral comme le corps étudiant ne tarissent pas d'éloges à son sujet. Aucun d'entre eux nous sera d'un quelconque secours.

-Ce n'est pas la première fois que nous serons forcés de travailler contre une équipe soudée, déclara Noctinum.

-C'est vrai, répondit alors Stellarion, seulement ici, ce n'est pas du tout le même scénario. Grant n'est pas du tout fait du même bois que Nate. Rien ne pourra le déstabiliser. Il est trop intelligent pour se faire vulgairement piéger. Cela fait des années qu'il sévit, il a eu largement le temps de se perfectionner dans ce qu'il fait.

-Tout le monde a un point faible, rétorqua Noctinum. Il nous suffit juste de le trouver.

-Oui, répondit Ophelia, et je crois savoir comment trouver sa faille !

-C'est-à-dire ? demanda Harris curieux.

-Si ce type est un harceleur en série qui maîtrise aussi bien sa technique, c'est parce qu'il utilise la même technique depuis un long moment. Et avec un peu de chance, depuis le début. Je crois que nous nous sommes trop focalisé sur ce qui se passe ici à la fac et pas assez sur ce qui s'est passé avant.

-Donc si on remonte suffisamment loin, il est possible que nous trouvions quelque chose qui nous permette de le coincer ?

-C'est fort probable. Après tout, il n'a pas trouvé sa méthode en une seule fois et il n'a pas dû non plus, se montrer méticuleux depuis le début.

-Une fois que j’aurais déterré les informations essentielles, nous aurons besoin de toi Harris. Vu que plus nous remonterons dans le temps, moins nous trouverons ce que nous cherchons.

-Tout ça n'est qu'une question de logique après tout !

-Tu as entièrement raison, acquiesça Noctinum. De cette manière nous aurons un aperçu de sa psyché suffisamment poussé pour nous permettre de déduire de manière précise ses prochains mouvements.

-Et ainsi éviter de nous faire prendre par surprise, s'exclama Stellarion.

-Exactement. Plus nous en savons sur lui, plus nous aurons de chance de contrecarrer le moindre de ses plans. Voire même anticiper ses mouvements. Tout avantage sur lui sera sûrement décisif dans notre mission contre lui.

-Qu'attendons-nous pour commencer ? demanda alors Lunalys.

-Justement, à ce propos, Harris et toi devrez vous rendre sur place.

-Ah ? Et pourquoi donc ?

-Parce que Grant vient d'une communauté qui s'est toujours montré réfractaire envers la technologie. Ce qui veut dire qu'aucun des renseignements que nous cherchons nous serons accessibles depuis ici. Et il faut que je te prévienne, tu risques de passer un petit moment à chercher. Les locaux ne sont pas trop friands des étrangers.

-Et en plus ils sont racistes, souffla Harris.

-Je ne peux pas être cent pour cent formelle, car très peu de choses à leur sujet sont disponibles sur internet, mais vu qu'ils ont l'air de détester toute personne ne venant pas de leur communauté, je dirais oui.

-C'est bien notre veine, soupira Lunalys. Est-ce que Jules et Noctinum ne pourraient pas y aller à notre place dans ce cas ?

-Je ne crois pas, non, répondit immédiatement Ophelia. Ils n'ont aucune raison valable pour s'absenter de l'université sur une période longue. Et ni moi, ni Stellarion n’avons la patience pour ça. Harris par contre...

-Je peux faire passer ça pour une enquête personnelle afin d'avancer ma future carrière, pointa Harris. Et si je me débrouille suffisamment bien, je peux même le faire passer pour un travail académique !

-Est-ce qu'il est très prudent d'en informer une partie du corps professoral ? Même si Grant ne semble pour l'instant n'avoir que des liens avec le département de sciences, nous ne savons pas jusqu'où s'étend son influence. Et même en dehors de ça, nous ne savons pas si des professeurs des deux départements ne sont pas amis ou bien ne vont pas discuter à ce sujet au moment le plus inopportun.

-Ce n'est pas faux, mais pour l'instant, je ne sais pas encore combien de temps je vais devoir rester sur place. Si je ne suis absent que quelques jours et plus spécifiquement moins de sept jours, personne ne s'embêtera à me demander des comptes très précis. Sauf si bien sûr, je rate des cours magistraux ou bien des modules particuliers. Sachant qu'en tant qu'élève noir, mon absence sera définitivement notée et rapportée en haut lieux.

-Oh, je ne me fais pas de soucis pour toi, déclara Ophelia les yeux rivés sur son écran avec un vague geste par-dessus son épaule. Ce n'est pas la première fois que tu dois fournir une explication rapide sur tes investigations. Je suis sûre que tu trouveras la raison parfaite.

-C'est toujours aussi agréable de t'entendre me complimenter de la sorte.

-Harris, tu es la seule personne qui a fait le lien entre Sweet/Vicious et nous, annonça de but en blanc Stellarion. Tu t'es montré infiniment généreux en renonçant à nous dénoncer. Surtout que tu nous as apporté ton aide pour faire tomber Nate. Je ne pense pas que ce compliment détourné soit à la hauteur de ce que nous te devons.

-Vous ne me devez absolument rien. Je ne regrette pas d'avoir changé de camp. C'est l'une des meilleures décisions que j'ai prise jusqu'à présent. Franchement, savoir que vous rendez la monnaie de leur pièce à tous ces sales types est d'un réconfort absolu. Après tout ce que j'ai découvert sur ce qui se passe dans cette université, enfin, surtout ce qui ne s'y passe pas devrais-je dire, il est grand temps pour moi d'apporter ma pierre à votre édifice. Et puis sérieusement savoir que vous tabassez tout ses petits merdeux est une énorme satisfaction. Je regrette même de ne pas avoir pu vous aider auparavant. J'aurais probablement pu vous épargner beaucoup de problèmes.

-Ce qui compte, c'est ce qui se passe maintenant, déclara Jules. Tu es là pour nous et c'est l'essentiel.

-Oui, pensa Jules en observant ses amis échanger pour faire tomber un violeur récidiviste, la rencontre entre Ophelia, Noctinum et eux étaient la meilleure chose qui leur soit arrivée.






*

Le retour d'Harris et Lunalys leur apporta les réponses qu'ils cherchaient, mais surtout des informations dont ils n'auraient jamais voulu connaître l'existence. Grant Trevor était un être encore plus abject qu'ils ne le pensaient. La tension qui régnait depuis leur décision de s'occuper de lui monta encore d'un cran. La colère et la rage devinrent presque palpable. Cette fois, même Stellarion laissa toute la négativité ambiante le dominer.
Harris et Lunalys ne firent qu'une brève halte par leur appartement avant de les rejoindre. Leurs traits tirés et leur regard fuyant en disaient long sur leur travail d'investigation.

-Toutes choses considérées, notre séjour là-bas c'est plutôt bien passé, commença Harris une fois assis entre ses deux amies.

Son sourire figé démentait ses propos rassurants. Il ne semblait pas vouloir s'attaquer immédiatement au vif du sujet, comme s'il souhaitait amortir le choc de ses futures révélations. Cela ne présageait rien de bon pour la suite.
Noctinum voleta pour s'installer comme à son habitude sur l'épaule de Jules et Stellarion se lova sur les genoux d'Ophelia. Tous les deux savaient parfaitement que ce qu'ils allaient entendre détruiraient un peu plus leurs humaines respectives. Ils espéraient que leur proximité leur apporteraient un peu de réconfort pour cette douloureuse épreuve. Ophelia enfonça presque aussitôt ses mains dans la fourrure de son dæmon, le serrant contre elle. Noctinum quant à lui, se colla contre le cou de Jules, le corps en boule. Qui se trouvait le plus rassuré par ce geste ? Personne ne pouvait le dire.

-Parce que nous n’avons pas été chassé avec dès notre arrivée avec des fourches ? railla Lunalys.

Contrairement à eux, elle se tenait éloignée du canapé, leur tournant le dos et ne cessait de bouger. On pouvait lire son agitation dans les tressautements de ses muscles.
Harris ne s'offusqua pas de son ton ironique. Il se contenta de soupirer et de s'enfoncer un peu plus dans le canapé.

-Ils se sont montrés distant, certes, concéda Harris, mais pas violent. Ni verbalement, ni physiquement. Une barre pas très haute, si on y réfléchit un peu. Un peu de positivité ne peux pas faire de mal, non ? ajouta-t-il plus pour lui-même que pour sa partenaire.

-Distants ? C'est comme ça que tu qualifies ce comportement ? s'indigna Lunalys sa voix encore plus grave que d'habitude. Nous n’avons pas la même définition de ce mot, il semblerait. Ils nous ont ignorés pendant la totalité notre séjour, évité notre regard, détourné leur chemin dès qu'ils nous croisaient, comme si nous étions contagieux !

-C'est vrai Luna, je reconnais que les locaux n'étaient pas enthousiasmés par notre présence, mais au final nous avons obtenu ce que nous cherchions. Une des victimes est venue partager sa version des faits.

Harris se lança alors dans un long compte rendu de la discussion partagée avec la jeune femme. D'abord, ils apprirent que Grant n'était pas parti de chez lui parce qu'il était un génie, mais parce qu'il avait été chassé par sa communauté. Ensuite, que durant ses jeunes années, il s'était montré prolifique et n'avait pas moins d'une trentaine de victimes à son actif. Bien sûr, pour les premières, il s'était montré beaucoup moins brutal, il expérimentait encore. Il ne lui avait pas fallut bien longtemps avant d'escalader dans la cruauté et l'horreur. Ses trois dernières victimes avaient été torturées durant plusieurs jours et brûlées, elles, ainsi que leur dæmons. Il les avait gardés ensemble ce qui le mena à sa perte et à son bannissement. Lunalys ajouta ça et là les informations glanées auprès des rares dæmons ayant daigné lui adresser la parole.
Sur ses trois victimes, l'une d'elle s'était suicidée et une autre avait disparu sans prévenir qui que ce soit. C'est la dernière victime, restée sur place, qui avait raconté son histoire à Harris et Lunalys.
Celle-ci fit des allers-retours incessants pendant toute la durée du récit, sa queue battant l'air dans son agitation. Elle s'arrêta une ou deux fois, grognant lors des passages les plus horribles.

-Je ne comprends pas leur décision, s'emporta Jules ses doigts crispés s'enfonçant dans ses genoux. Quel immense gâchis ! Ils auraient dû immédiatement le tuer. Tout le monde y aurait gagné ! Et surtout, il ne serait pas en train de se pavaner dans l'université en continuant à faire des victimes.

-Après tout ce que nous avons entendu, il le mérite amplement, déclara Noctinum d'une voix glaciale.

Ses ailes noires déployées lui donnaient un air encore plus menaçant. Dans son for intérieur, Stellarion approuvait totalement. Seulement, il savait qu'il ne pouvait absolument pas se permettre d'exprimer à voix haute son accord. Donner ne serait-ce qu'une minuscule légitimité à ces propos, risquait de plonger définitivement Noctinum dans une rage meurtrière. Et il ne voulait pas que son ami se retrouve dans la même situation que lui. Un meurtre, même accidentel, laissait des traces indélébiles.

-Je n'arrive pas à croire que je dis ça, ajouta Ophelia, restée silencieuse jusqu'à ce moment, mais ce type ne mérite pas de vivre.

-Tu ne peux pas dire ça, s'empressa de la corriger Stellarion, inquiet que son humaine finisse elle aussi par chuter dans les mêmes tréfonds que Jules et Noctinum. Même si c'est l'être le plus abject de la terre, nous ne pouvons pas le supprimer.

-Il a raison Ophelia, déclara Harris, lui aussi soucieux par la tournure que prenait la conversation. Nous ne pouvons pas nous transformer en meurtriers. Comment pourrions-nous choisir qui doit vivre et qui doit mourir ? Quels seraient nos critères ? Non, il faut que nous établissions tout de suite une limite à ne pas franchir. Il doit y avoir une différence entre nous et ses salauds. Nous ne pouvons pas recourir aux mêmes méthodes. Pas de meurtre.

-Je m'y oppose aussi, intervint à contrecœur Lunalys. Toutefois, ajouta-t-elle aussitôt, la gueule étirée d'un sourire malsain, cela ne veut pas dire que vous ne pouvez pas vous assurer qu'ils ne puissent plus jamais s'en prendre à quiconque.

Le sourire que lui renvoya Noctinum provoqua chez Stellarion des suées froides.

*

-Respire bordel ! jura violemment Ophelia tout en frappant au visage une Jules amorphe. Et merde ! Putain de bordel de merde ! Quel sale petit connard, enfoiré de merde, continua-t-elle sur le même ton. Harris, bordel, qu'est-ce que tu fous ? Tu as décidé de venir à dos de limace ?

-Je suis presque là, répondit Harris dans son oreille.

-Magne-toi ! aboya-t-elle en réponse. Jules perd toujours beaucoup trop de sang. Je n'arrive pas a y mettre fin.

À ses côtés, Stellarion glapissait de terreur. Noctinum n'était pas dans un meilleur état. Il tentait lui aussi de maintenir éveillé son ami. Ophelia n'arrivait pas à croire que les choses aient aussi mal tournées alors qu'ils s'étaient aussi bien préparés. De quelle façon Grant Trevor avait-il compris ce qui se passait ?
Ses mains n’arrêtaient pas de trembler et sa vue était trouble. Elle essuya rageusement ses larmes d'un revers de la main. Pas le temps de se mettre à chialer. Cela ne servait absolument à rien. Ophelia ne devait pas s’occuper de la terreur qui lui tenaillait les entrailles depuis que cet ordure avait planté son couteau dans le corps de son amie. La vie de Jules ne tenait qu'à un fil. Il fallait qu'elle soit forte.

-Harris ! hurla-t-elle à nouveau.

-Je suis là, lui parvint une voix dans son dos.

-Qu'est-ce que tu as foutu ? s'énerva-t-elle.

N'importe quoi pour ne pas penser au corps de Jules baignant dans une mare de sang. Pour ne pas penser que dans ses bras, son amie s’éteignait. Que l'une des personnes qui comptait le plus à ses yeux se mourrait.

-Qu'est-ce que tu fais ? demanda Ophelia en voyant Harris tenter de l'éloigner de Jules.

-Elle a besoin de soin, il faut la transporter au plus vite, répondit d'une voix douce Harris, une main posée sur son épaule.

-On ne peut pas, comment pourra-t-on expliquer ses blessures ?

-Ne t'inquiète pas, j'ai déjà tout prévu. Maintenant, laisse-moi faire, ajouta-t-il fermement. Chaque minute compte.

-D'accord, s'entendit-elle répondre d'une voix détachée.

Tout ce qui se passait lui passait surréel. Comme si cela arrivait à quelqu'un d'autre. On posa quelque chose dans ses bras et en baissant le regard, Ophelia vit une forme noire. Elle ne comprenait pas. Il y eut un glapissement. Noctinum. Dans un état second, elle suivit Harris.
Elle qui connaissait tous les coins et recoins de l'université, ne reconnut rien sur sa route. Ce n'est que lorsque la porte, sur laquelle Lunalys grattait quelques secondes auparavant, s'ouvrit brusquement sur le visage inquiet de Kennedy, qu'elle comprit.
Celle-ci leur accorda à peine un regard avant de les faire entrer. À l’intérieur, le reste des filles les attendaient. Elles les conduisirent jusqu'à une pièce qu'Ophelia ne connaissait pas. Harris y déposa Jules sur une table et enleva les draps rougis de sang qui la couvrait. Ophelia ne put retenir un hoquet d'horreur. Jules était morte ! Sa peau semblait encore plus translucide qu'avant et ses bras pendaient mollement.

-Calme-toi, dit Kennedy d'une voix apaisante, je viens de vérifier son pouls, il bat encore. Faiblement, mais c'est une battante, elle ne se laissera pas mourir pour si peu.

-Je t'en supplie, répondit-elle la voix noyée par des sanglots, sauve-là.

-Elle est entre de bonnes mains, la rassura Kennedy, les mains posées sur chacune de ses épaules, le regard plongé dans le sien. Ne t'en fais pas, tout ira bien, je te le promets.

Ophelia espérait de tout son cœur que ce soit le cas. Si Jules mourait, elle ne savait pas si elle y survivrait. Avant de quitter la pièce, Ophelia déposa un baiser sur le front de son amie. Elle sortit avec Stellarion collé contre son torse et le visage enfouit dans sa fourrure sang et larmes s'y mélangeant.

*

Les heures qui suivirent ne laissèrent qu'une trace partielle chez Ophelia. Seulement de vagues souvenirs d'avoir pleuré. Comme si la douleur avait anesthésié son corps. Et puis son cerveau se remit en route lorsque quelqu'un la mena dans la pièce ou reposait Jules ainsi que Noctinum. Sa main dans la sienne lui provoqua un électrochoc et elle recommença a pleurer.

-Ne pleure pas s'il te plaît, lui demanda Jules tout en essuyant ses larmes, je ne voulais pas te faire peur.

Ophelia avait la gorge trop sèche pour pouvoir répondre quoi que ce soit. Elle se contenta de rapprocher son visage des mains enfin chaude de son amie. Jules continua a essuyer ses larmes, caressa ses cheveux et lui murmura des paroles rassurante, encore et encore jusqu'à ce qu'elle s'arrête. Et lorsqu'Ophelia put enfin la regarder sans trembler, Jules déposa avec délicatesse un baiser sur ses lèvres. Au départ elle resta immobile, puis y répondit avec ferveur, s'agrippant de toutes ses forces à elle, comme si Jules allait soudainement disparaître.
Au pied du lit, Noctinum s'était lové contre Stellarion, formant un tableau étrange. Un renard et une chauve-souris ensemble, n'était pas une chose habituelle. Pourtant, on pouvait clairement sentir l'amour inconditionnel que se vouait ces deux êtres.

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