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[Fic] Si elle doit mourir, Lastman, Siri+Howard [de Petit Dragon, pour Skeleton Key]

Titre : Si elle doit mourir…
Auteur : Petit Dragon (Participant 24)
Pour : Skeleton Key (Participant 10)
Fandom : Lastman
Persos/Couple : Howard + Siri (relation familiale)
Rating : PG-13
Disclaimer : Pas à moi.
Prompt : Plus de profondeur sur la relation (familiale) entre Howard et Siri. La voit-il seulement comme un roitelet, ou pire, comme une clé pour la porte ? Que pense-t-il quand il lui propose de l’accompagner en mission, et qu’il lui explique même son opinion sur la magie, apparemment sans rien à y gagner. Et elle, quels sont ses souvenirs de lui avant d’aller en pension ? Introspection ou petite scène, au choix.
Notes : Mention d’une scène de viol, spoilers pour toute la série, j’ai essayé de faire plusieurs petites scénettes au lieu de réécrire sur tout le canon, ce qui peut laisser une impression de « partir dans tous les sens ». Concernant la caractérisation d’Howard, je pense qu’il ressent de l’affection pour un nombre restreint de personne, mais qu’il reste opportuniste et pragmatique avant tout, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve de sympathie envers les autres personnages. En somme, il peut s’attacher, mais ce qui reste prioritaire, ce sont ses objectifs et sa propre vision du monde. Bref, c’est un personnage très complexe et j’espère que ma fic te décevra pas !

1.
Les coups étaient lourds sur son visage d’enfant. Malgré la douleur, il essayait de récupérer son livre à la page arrachée. Cependant, il avait de plus en plus mal, l’amertume brûlait sa gorge et des larmes menaçaient de couler. Howard se sentait petit et faible, trop pour lutter correctement, trop pour ne pas paniquer. Puis, il entendit la voix de son frère et son cœur manqua un battement. Les brutes partirent en beuglant des menaces peu de temps après, parce que Dave était trop fort pour eux. Aux yeux du petit « Howie », personne ne pouvait battre son grand frère. Pourtant, il restait à terre, un peu perdu, la tête lourde de soucis. Il devrait être habitué aux brimades depuis le temps, disait-t-on dans les dortoirs. Lui, il en avait juste marre. Il avait simplement voulu profiter de son livre.

Le visage d’Howard s’éclaircit quand il vit la main de son frère et qu’il la prit pour se relever. Le monde avait retrouvé un peu de chaleur et de couleur, surtout quand il regardait dans les yeux et le sourire de son frère. Dave l’aida à réparer son livre, mettant du scotch pour faire en sorte que la page manquante tienne. Ils passèrent la journée ensemble et ainsi, Howard se sentit plus léger, en sécurité, hors d’atteinte.

(Plus tard, les Sœurs parleront d’aimer son prochain comme soi-même, de tendre l’autre joie. Howard préférera penser à sa propre Bible, à son sauveur personnel qui ne l’abandonnerait jamais et chassait toujours les brutes.)

2.
Il avait perdu son père et sa mère jeune, trop pour qu’ils fussent autre chose que le vague souvenir d’une présence. C’était quelque chose d’indispensable autrefois, mais les contours se perdaient peu à peu dans les tréfonds de sa mémoire. Il avait Dave. Il avait son livre. Les morts ne pouvaient pas vous protéger des monstres sous le lit, des brutes dans les couloirs ou même vous faire rêver à une autre vie, hors des murs du pensionnat.

Les autres continuaient d’être aussi brutaux, mais Howard s’était bâti une carapace solide et bientôt… bientôt, il partirait, comme Dave le ferait dans quelques jours. En attendant ce moment, il s’accrochait à l’histoire des roitelets, rêvant de parcourir la Vallée des Rois, un lieu qu’il serait le premier à parcourir. Un jour, il s’en irait, loin, très loin.
(Dave allait partir, mais le livre lui, resterait.)

3.
Son frère ne le comprenait pas et il lui fallut des années pour le réaliser. Pourtant, il essaya d’expliquer le réseau complexe des mondes parallèles, il voulut parler des livres qu’il avait lus, des choses qu’il avait entendues, avait déduit lui-même parce que depuis le temps qu’il voulait explorer…

Cependant, pour Dave, la réalité restait les poings, le bleu sur l’œil et le cul-de-sac sombre, pas la promesse entre les pages d’un livre. Il ordonna à Howard de « revenir à la réalité », inconscient de vivre dans l’ombre d’un monde beaucoup plus vaste, ne réalisant pas tout le potentiel gâché, toute la ferveur impatiente qui bouillonnait dans les veines de son frère. Howard lui apporterait la preuve qu’il ne s’agissait pas seulement des rêveries d’un enfant.

4.
Des années après, il prouva l’existence des roitelets de la pire des manières. D’abord, son expérience tourna rapidement au cauchemar, libérant les monstres des limbes, faisant disparaître Charles au profit de Rizel. Raghan manqua de le tuer.

(Il sentait encore son esprit dans sa tête pendant que les noms des possédés défilaient les uns après les autres, son corps qui tremblait légèrement sous la pression de ses mains.)

Dave faillit mourir et pour une fois, ce fut à Howard de tendre la main pour le relever. Il mit de côté son projet d’atteindre la Vallée des Rois, la tentative infructueuse de son frère pour le laisser une seconde fois seul.

(C’était légitime. Dave avait sa propre vie maintenant, c’était logique pour lui d’écarter les obstacles qui entraver la bonne marche de son existence. Il ne le croyait pas et devait en avoir marre de ce petit frère qui ne cessait pas de s’accrocher à lui dès qu’il avait des problèmes.)

Peu à peu, Howard reprit le contrôle des événements. Ils ne leur restaient qu’à abattre les roitelets, rayant des noms sur la liste sans le regretter une seconde. Le monde était toujours aussi sordide, mais au moins avait-t-il un peu de sens.

Il avait son livre, il avait Dave.

(Il avait perdu Charles, mais il conservait l’œil de Rizel, le regardant avant de s’endormir, l’étudiant avec soin le jour.)

5.
Quand Howard rencontra Siri pour la première fois, il la regarda à peine, tout entier concentré sur Dave. Il ne comprenait pas, s’impatientait face à ce qu’il prenait pour une hésitation. Dave n’était pas faible, loin de là, mais il avait le cœur tendre. Pour lui, il s’agissait d’un bébé, alors que Howard restait pleinement conscient du monstre qu’il tenait dans les bras. Le scientifique se souvenait encore trop bien de l’électrocution, du regard froid de celui qui avait été autrefois un de ses plus proches amis, le seul qui resta dans sa chambre cette nuit-là. Le bébé était mort à l’instant même où le roitelet l’avait possédé.

Cela n’empêcha pas Dave de lui ordonner de la sauver. Ce fut à ce moment précis où Howard sut combien son frère était sérieux, la chaleur ayant déserté ses yeux, comme lorsqu’il l’avait cru fou. Il ne restait qu’une profonde et ferme détermination. Howard plissa le front, entreprit d’enfouir l’agacement et la déception au fond de lui. Il devait faire preuve de pragmatisme : il avait encore un peu besoin de Dave. Certes, il s’était pris d’un élan de pitié pour une graine de démon. Mais...
Ce serait intéressant d’avoir un spécimen vivant pour une fois, de le voir grandir et se développer.
Mais...
Howard pourrait toujours l’éliminer plus tard.
Mais...
Si le roitelet pouvait être neutralisé et laisser l’humain vivre, alors peut-être que…

(Howard se souvenait de sa propre joie, de son excitation et des mots qu’il avait lus avec un sérieux inébranlable, prêt à atteindre le rêve qu’il avait depuis des années déjà…)
(Charles était resté cette nuit-là. Le seul. Attentif et gentil, plein de bonne volonté malgré son handicap.)

- Ça complique tout, commenta froidement Howard en évitant le regard de son frère, tout entier perdu dans ce qui pourrait être, dans ce qu'il pourrait accomplir. Il avait perdu de vue son objectif dans la chasse aux démons, peut-être qu'il pourrait le retrouver. Peut-être qu'il pourrait retrouver autre chose si jamais… non, il fallait qu’il resta réaliste.

- Parce que tout était simple jusque-là, c’est ça ? commente Dave avec une grimace mi-figue, mi-raisin, de l’amertume transperçant son ton calme et bourru.

Howard fronça les sourcils et se mordit la lèvre.
Il avait peut-être perdu de vue son objectif parce que cela avait été plus simple ainsi. Son frère et lui contre les démons, comme autrefois, son frère le protégeait des brutes de l'école. C'était toujours simple d'ignorer une distance au lieu de la combler. Howard ne savait pas s'il en était capable, mais ce n'était pas la question. Il saisit la main que son frère lui tendit et se promit de ne pas hésiter le jour où il faudrait dire adieu à l'Imprévue comme il la surnommait déjà. Le premier regard qu'il adressa à la petite fut dénué d'émotion.

- Il faut changer son nom. Il faut aussi lui trouver de la place. Est-ce que tu crois qu élever un enfant est aussi facile, Dave ?

Il n'y avait aucune amertume ou reproche dans sa voix. Il énonçait des faits. Il avait beau n'y connaître rien aux bébés, il se doutait que s’occuper d’un enfant n'avait rien d'une sinécure (ce qui était une bonne raison pour laquelle il n'en aurait certainement pas ou dans une autre vie, un autre univers peut-être.)

- Si j'en crois ce qui s'est passé avec toi, je dirais que non. Pourtant, Dieu sait que j'ai essayé.

Le visage d'Howard se crispa l'espace d'une microseconde, avant qu'il dise d'une voix sèche:

- Eh ben, raison de plus de faire mieux avec celle-là.

Il détourna le regard et voulut se remettre à marcher, quand la voix de son frère l’arrêta aussitôt.

- Hey, t’en vas pas comme ça, j’ai encore des trucs chez moi, si tu veux boire un verre et casser la croûte.

- Pourquoi pas, répondit d’une voix atone Howard.

Ses pas étaient lents, sa tête baissée. Il repensa à la liste qu’ils tenaient, les noms d’humains et de roitelets barrés. Il aurait préféré en avoir un de plus à effacer sous les lignes rouges ce soir-là. La main de son frère sur son épaule le tira de ses réflexions. Un regard plus chaleureux qu’il connaissait bien le ramena des années en arrière, quand les monstres n’étaient que des gamins malveillants

Howard se sentait fatigué.

- Hey, ça va ?

- Parfaitement, trancha Howard. Je vais faire ce que tu me demandes, mais il ne faut pas perdre de vue notre objectif.

- Oui, bien sûr dit Dave, avant de bercer la petite qui s’endormait dans ses bras. Un sourire d’une tendresse infinie s’épanouit sur le visage de son frère.

Pour la première fois depuis des années, Howard pensa aux parents dont il avait oublié pratiquement tout. Est-ce que sa mère l'avait regardé ainsi ? S’ils découvraient comme préserver l’humaine du monstre voire sauver la petite, mais que Dave devait se sacrifier, est-ce qu’elle l’oublierait à son tour ?

Aucune importance se morigéna Howard, autant se concentrer sur le présent. Il pourrait changer ses plans plus tard, tout comme Dave venait de le faire par un excès de sentimentalisme mal placé. Howard le savait de première main.

(Parfois, il rêvait d'une décharge électrique, d'une chambre vide et saccagée, de dessins à la craie à moitié effacés et d'un regard sans aucune humanité, mais si perçant qu’il en était fascinant.)


6.
- Morgane, proposa-t-il en ne quittant pas son carnet de notes des yeux, C'est le nom d'une grande magicienne de la mythologie arthurienne. Cela veut dire née de la mer.

- Est-ce qu'elle transforme les marins en cochon, celle-là ? demande aussi sec Dave avec une voix bourrue, mais sans dureté. Avec même une once d’amusement si on grattait bien.

- Non.

- Alors, c'est quoi le truc cette fois ? Elle aide à tuer son père et son monstre de frère pour s’enfuir avec le premier venu ?

Howard leva les yeux vers son frère qui était encore occupé à donner le biberon à l'Imprévue. Cette dernière semblait avoir un grand appétit et évidemment, à cause de son inexpérience, impossible de savoir si c'était le roitelet qui l'habitait ou quelque chose de banal pour un bébé. Ce n'était pas son frère qui allait avoir une réponse objective à lui donner, surtout qu'il s'était rapidement attaché au petit bébé, à sa grande consternation. Un petit enfant offrait un intérêt relativement limité et restait à peine plus salissant que de tuer au final.

- Rien de tel, elle garde l'île d'Avalon et veille sur le sommeil du Roi Arthur en attendant que son peuple ait besoin de lui.

Le regard soupçonneux que son frère lui offrit fut éloquent.

- Oh, elle fut l'instigatrice de la chute du royaume et elle a couché avec Arthur en sachant que c’était son demi-frère. Cependant, quand on regarde de plus près, c’est une figure importante du mythe arthurien. Certes, elle présente une ambiguïté morale assez conséquente, mais on peut facilement argumenter que sa fourberie est là pour préserver les croyances païennes des mœurs chrétiennes et…

- Et pourquoi pas l’appeler Mary, tout bêtement ?

- Dave, cette enfant est possédée par un roitelet venu des limbes, est-ce que tu ne vois pas l’ironie de l’appeler ainsi ? De plus, c’est trop commun.

- Bon, on ne va pas passer trois heures sur un fichu prénom, non ?

- C’est toi qui as voulu qu’on choisisse ensemble, releva platement Howard.

- Ouais, mais tu as accepté.

Pour avoir une occasion d’étudier de près le comportement du bébé qui était « normal ». Enfin, d’après ce qu’il en savait. Peut-être que la petite se révélait trop gourmande pour son âge, mais il n’avait pas la possibilité de comparer.

- Certes. Je maintiens que Faustine est une option acceptable.

- Tu ne pourrais pas trouver des noms plus normaux au lieu de te payer ma tête ? demanda Dave, tout en posant le biberon et faisant roter l’Imprévue, avant de la bercer.

Un autre qu’Howard aurait certainement trouvé la scène très attendrissante ou étrange, mais le concerné était ennuyé. On ne pouvait pas laisser la gamine s’appeler Corinne, pas la peine d’avoir des parents en colère ou des policiers sur le dos, mais s’entendre sur le sujet s’avérait plus difficile que prévu. Il regarda attentivement le bébé, notant que sa blondeur s’était accentuée, que ses yeux bleus paraissaient toujours plus clairs et que sa peau était d’un rose pâle prononcé. Un profil germanique ou nordique. Par contraste, leur origine irlando-écossaise était flagrante avec leurs yeux bruns, leurs cheveux roux et une peau plus mate en comparaison.

- Dave, je crois qu’on fait fausse route.

- Comment ça ?

- Si on doit élever cette enfant, il faut se souvenir qu’elle est sensée avoir une mère dont elle est le portrait craché. Regarde-la un peu, elle n’a aucun trait qu’elle pourrait tenir de toi. Si on veut rester crédible, il faut qu’on lui trouve un nom qui pourrait évoquer l’origine de sa mère.

- Hum, hum et qu’est-ce que tu proposes ?

Se doutant que son frère n’apprécierait pas « Hella » et n’aimant pas « Freya » ou « Sif » plus que ça, Howard se porta sur une autre option :

- Il y a une reine très célèbre dans les sagas nordiques. Fille d’un noble suédois, elle fut reine de Suède et du Danemark. Son nom est Sigrid Storråda.

Aussi appelé Sigrid la Hautaine, mais Dave n’avait pas besoin de savoir ça. Il raconta plutôt comment elle parvint à affirmer sa volonté en rassemblant les ennemis du roi de Norvège pour conserver la foi de ses ancêtres.

- De plus, cela veut dire « belle victoire », ça me semble coller à la gamine, enfin surtout quand elle sera sauvée.

Dave n’arrêtait pas de vanter la beauté de sa protégée, quant à Howard, il voyait de plus en plus l’intérêt d’avoir un roitelet vivant à disposition. Les roitelets morts se conservaient assez mal en fait et pour les expériences, c’était toujours intéressant de conserver le sang, des bouts de peau, d’ongles ou de cheveux d’un spécimen vivant (et bientôt, ses dents pousseraient, ce qui serait encore plus intéressant). Dave avait encore moins besoin de savoir la vision qu’il avait de la petite.

(Des fois, il voyait des éclairs dans l’éclat de ses yeux bleus.)

- Sigrid. Mouais, pas mal…

- Siri, si tu veux rester simple, proposa Howard d’un ton posé et calme.
Dave sourit, le regard satisfait et chaleureux. Sans qu’il sut pourquoi, Howard le lui rendit. La petite s’était endormie dans les bras de son père.

(Quelques jours plus tard à peine, Howard fut assailli et mis à nu au sens propre par Rizel, dont la voix empoisonnée lui apprit combien Siri était importante. Il prévint Dave aussi rapidement qu’il le put après son départ, les brûlures encore chaudes le long de sa chair. Une organisation se forma le soir même, mais ça, il le comprendrait beaucoup plus tard.)

7.
Siri était la clé qu’il attendait depuis qu’il était enfant.
Ce fut Rizel qui lui apprit la nouvelle. Elle s’imprima au fer rouge dans sa mémoire, sans qu’il puisse cesser d’y penser.
Siri était la clé.
C’était aussi la porteuse d’un monstre aux pouvoirs inimaginables... mais aussi un bébé calme qui grandit en étant élevé par un père aimant qui se trouvait être son frère.

Dave voulait la protéger comme il le faisait pour lui autrefois. Howard acceptait de l’aider comme d’autres conservaient leurs secrets dans le noir, comme les vieux magiciens voulaient garder pour eux le grimoire. Parce qu’il avait fait une promesse à son frère, mais surtout parce qu’il n’avait pas renoncé à la Vallée des Rois.
(Une fois, elle l’avait appelé « Owouaah », un livre dans ses petites mains, les bras tendus vers lui.)

Il ne voulait pas que Rizel la touche comme il l’avait fait avec lui.

8.
Les premières crises furent pires que les cauchemars de décharge et de Charles. Les autres petites filles faisaient leurs dents, Siri avait une faim dévorante et le monstre aiguisait ses crocs sur tout. Il mit un long moment à mettre au point le remède, travaillant toute la nuit, tout en supportant les cris de la petite et les regards lourds de son frère. Lorsqu’il lui administra le sérum pour la première fois, Howard connut une pointe d’appréhension, ne sachant pas si sa théorie était fondée, s’il n’allait pas accélérer le processus au lieu de le ralentir ou l’annihiler.

Siri s’apaisa peu à peu. Il la prit dans les bras pour l’observer en faisant attention à ne pas lui faire de mal. Sa main s’accrocha à son pull et son cœur se tordit dans sa poitrine sans qu’il sache pourquoi. Il garda un visage sans émotion pendant qu’il continuait de l’ausculter. Il se demanderait toujours pourquoi Chorum ne s’était pas déclaré plutôt, pourquoi il avait attendu une vingtaine de mois. Est-ce qu’il avait voulu prendre des forces ?
Mystère.

9.
Siri était une anguille. Il la voyait de moins en moins parce qu’il s’occupait de brouiller les pistes, de chercher les autres roitelets, tout en essayant de la sauver. Cependant, quand il la voyait, il la traitait maintenant d’anguille et plus d’Imprévue. Le plus souvent calme, il lui arrivait de lui filer entre les doigts quand il se concentrait sur autre chose.

Elle pouvait parler maintenant, appelant Dave par son prénom ou « Papa ».
Howard refusait toujours de se faire appeler oncle. Elle était un roitelet, une clé, la fille de son frère et vivante. C’était plus qu’assez. Elle ne devait pas être autre chose.

10.
- Non Siri, pas d’histoire pour cette fois.

- Juste une, Howard, steuplait ! Papa m’en lit toujours une !

- Tu as le livre que Dave t’a acheté, tu n’as pas besoin de moi pour lire ça, répondit-il avec sérieux en soutenant le regard de la gamin de quatre ans et demi.
Il la gardait quand Dave ne trouvait pas de baby-sitter, ce qui était déjà rare, puisqu’il restait préférable que personne ne sache pour la gamine. Le jour, elle était maintenant confiée à des professionnels, plus tard, elle serait confinée dans un pensionnat. Dans tous les cas, maintenant, il devait faire en sorte que la fillette s’endorme.

- Y a pas de mots dedans, argumenta la fillette avec une mine boudeuse.

Oui, Howard ne pouvait pas dénier ça, ni que ce livre perdait de son intérêt passé la première lecture. Certes, il était amusant, mais il ne comprenait pas l’engouement de Siri le concernant.
Howard fronça tout de même les sourcils, avant de souffler. Siri pouvait être aussi bornée que Dave et lui, autant être intelligent.

- Bon, tu veux que je t’apprenne à reconnaître les mots pour que tu puisses lire les livres comme une grande ? proposa Howard en sortant le livre de la Vallée des Rois.

11.
Dave fit un énorme et incompréhensible sourire en voyant sa fille endormie sur les genoux d’Howard. Pourtant, il n’avait fait qu’obéir à la logique, tout en étant pragmatique.

(Ce fut l’une des dernières soirées qu’il passa avec elle avant qu’elle aille au pensionnat, avant la mort de son frère.)

12.
Dave choisit un bon pensionnat, différent de ce qu’ils avaient connu son frère et lui. Howard vit grandir la gamine de loin, ce qui était bien pour tout le monde, surtout pour lui-même. Il devait rester objectif et discret, sans s’émouvoir plus que ça. Sans penser à la gamine en train de déchiffrer un livre sur ses genoux. Une petite fille qui l’écoutait en souriant quand il lui lisait des passages à voix haute, des étoiles brillant dans ses yeux bleus.

13.
Lorsque le pensionnat brûla, il l’apprit dans le journal de Paxton. Un appel plus tard, il entendit par un inconnu que son frère était mort. Sur le moment, il ne ressentit qu’un vide immense, sans aucune émotion, comme anesthésié. Il n’avait pas revu Dave depuis quoi, deux ans et demi, trois ans ? Moins ? Il ne savait pas. Cela n’avait aucune importance. Dave avait laissé l’existence de Siri secrète, ainsi, il ne demanda pas si elle était là (Rizel ne pouvait pas… pas déjà, pas après tout ce temps…).

Sa main trembla un peu lorsqu’il prépara ses affaires et rangea ses fioles, légèrement.
Il n’avait pas revu Siri depuis qu’elle avait cinq ou six ans, lors d’un des seuls anniversaires où Dave lui avait fait promettre de venir.

Howard y était venu à contrecœur. Il n’appréciait pas l’idée de jouer à la famille normale, ni le fait d’être avec eux quand Rizel pouvait les surprendre ou même se rapprocher d’elle, oublier ce qu’elle était avant tout.

(Quand il la retrouva dans la chambre d’hôpital, il repensa à la petite fille qui suivait Dave comme un poussin, qui pouvait passer du calme à l’agitation curieuse, qui lui souriait pendant qu’il lui apprenait à lire.)

(Il ne ressentit rien. Rien du tout. Absolument rien. Le vide.)

(C’était une clé et un roitelet. Et ensuite, la fille de Dave et enfin, sa…)

(Non.)

14.
Howard se rendit rapidement compte que Siri ne conservait que très peu de souvenirs le concernant, ce qui l’arrangeait. Il n’avait jamais pu trouver un moyen de la guérir, seulement de retarder l’inévitable (Il devait trouver un moyen de la sauver. Il l’avait promis à son frère.)

Il la retrouva aussi calme que dans les siens, mais plus prompte à s’énerver, plus triste, à raison sans aucun doute. Elle faisait souvent l’anguille, suivant Richard comme un poussin. Report affectif dû au manque de figure parental et au fait qu’il gardait ses distances pour ne pas se laisser monter la tête.

(Si Dave avait conservé la sienne, il serait encore en vie.)

Une fois, Joufflu proposa de reprendre la petite, mais Howard ne répondit rien.

La corriger sur le ton qu’elle employait n’apporterait rien, surtout qu’elle avait raison: Joufflu n’était pas son père.
Howard non plus.

15.
Howard devait l’admettre : Richard Aldana était plutôt bonne pâte, loin d’être foncièrement déplaisant. Bien qu’il ne brille pas par son intelligence au quotidien, il savait se rendre utile pour Siri et se montrer retors à l’occasion. Cela ne l’empêchait pas de se montrer exaspérant. Howard avait besoin d’un partenaire pour s’infiltrer dans la galerie. Il soupira quand le boxer raccrocha, puis, ses yeux se posèrent sur la fillette qui proposa son aide. Il ne lut pas de décharge électrique dans les yeux bleus, ni de faim dévorante ou de douleur infinie.

Elle lui proposa son aide.

C’était la clé et l’enfant renfermant Chorum, c’était aussi l’autre personne que Dave considérait comme sa famille, même si elle n’avait rien hérité de lui.

(Pendant une fraction de seconde, il se souvint d’un garçon trop curieux qui avait besoin de son grand frère, un petit gamin dont l’esprit bougeait comme une anguille, en allant dans tous les sens, quelqu’un d’un peu trop étrange pour pouvoir être considéré comme normal. Non. Stop.)

Il hésita quelques secondes, se souvint rapidement qu’il fallait conserver une distance, au cas où, mais aussi des moments où elle l’avait pris dans les bras parce qu’elle avait peur de mourir à cause d’une bombe placée par son père adoptif. Il ne perdait rien à l’emmener. Richard et lui seraient sur place si les choses devaient mal tourner.

(Elle n’avait presque aucun souvenir de lui.)

(Ça ne devait pas faire mal. Un jour, il devrait peut-être la tuer.)

16.
Elle ne s’en souvenait pas, mais elle avait appris à lire en apprenant l’histoire des roitelets. Il lui en parla ce soir-là, il lui parla de magie et d’un imbécile trop curieux qui avait libéré des monstres. Elle avançait seule dans le noir pendant qu’il voyageait grâce à l’électricité grâce à ce qu’il ne considérait pas comme de la magie. C’était de la science dont il n’avait pas encore percé tous les mystères, mais ce ne serait qu’une question de temps. Il allait lui parler de ça.
Dave aurait détesté l’idée qu’il lui dise la vérité, mais Howard voulait qu’elle sache, qu’elle eut une base pour comprendre leur combat, leur victoire prochaine, les sacrifices. Il pensait bien que Rizel voulait la coupe. Lui, il voulait aller dans la Vallée et trouver un moyen pour que Chorum le dévoreur ne fasse plus de mal à Siri (pourrait-t-il séparer l’enfant du roitelet une fois le passage ouvert ?)

Cependant, tout devint noir et quand il se retrouva physiquement dans la pièce, ce fut pour trouver Richard et Siri en danger, être contrôlé, perdre un bras et serrer les dents pour ne pas maudire un frère qui aurait vraiment dû…

Siri l’aida à rester debout et il tourna sa frustration vers Richard qui devrait vraiment fermer sa bouche plus souvent.

17.
Parfois, il se reprochait d’être naïf. Parfois, il se disait que ce serait simple de ne se concentrer que sur ce qu’il y avait avant. Le livre et le rêve. Dave était mort parce qu’il…

- Est-ce que je peux t’aider, Howard ? demande Siri derrière lui en se penchant pour mieux observer les pièces.

- Non, ce n’est rien, répondit-il platement en travaillant sur le plan de son futur bras artificiel.
Siri le regardait encore, ce qui le troublait un peu, c’était plutôt Richard qui avait son attention d’ordinaire. Bon, à raison, certes, mais…

- Je suis désolée, dit-elle, ce qui lui attira son regard surpris.

Un mince sourire se dessina sur son visage.

- Ce n’est rien, dit-il, avant de lâcher : j’aurais besoin d’acheter des choses pour ma prothèse, est-ce que tu veux quelque chose ?

La petite fit non de la tête.

- Bien, dis-moi si tu changes d’avis, d’accord ?

18.
Il dut la laisser s’en aller lorsque Richard fut arrêté, lui donnant son médicament en douce. Heureusement, ce fut un contretemps de courte durée. Pourtant, il notait quelque chose dans le comportement de Siri. Elle broyait du noir, ses yeux prenaient plus souvent une nuance trouble, mélancolique, amère voire colérique. Aurait-t-elle été plus vieille, il la soupçonnerait de faire sa crise d’adolescence.
Il essayait de comprendre, dans un but purement pratique, bien entendu.
Apparemment, elle n’avait pas aimé la famille d’accueil. Elle voulait en savoir plus sur sa mère et lui… lui se retrouvait coincé entre ce qu’il pouvait dire ou pas, entre ce qu’elle était, ce qu’il voulait et ce que son frère souhaitait.
Aucune importance.
Il suffisait de lui mentir.

19.
Il s’aperçut tardivement que le mal-être de Siri avait créé des tensions sous-jacentes, accentuant la distance entre eux qu’il voulait toujours conserver, mentant s’en arrêt. Puis, un jour, il dut admettre la vérité. Un jour, un roitelet artiste fut dévoré par Chorum. Il avoua tout, accusant le coup de Richard et la voix faible de Siri.
(Elle avait encore du sang sur son visage.)

20.
Il y avait l’ancienne famille de Siri à quelques mètres, médusée et consternée, ne sachant pas que faire des étrangers qui se comportaient de manière si violente. Un éclat de douleur traversa le visage de Siri, avant qu’elle prenne la main de Richard.

- Rentrons, souffla-t-elle d’une voix chargée de tristesse et de lassitude.

Son regard se porta sur Howard, toujours à terre, du sang marquant ses joues, coulant encore un peu de son nez. Richard avait frappé fort, cette fois-là. Pendant un instant, il crut qu’elle allait se mettre en colère, mais non, son visage restait toujours aussi calme (aussi triste). Elle lui tendit la main et il hésita avant de la lui prendre pour se relever.

(Il se souvint d’une effraction dans une galerie qui avait tourné au cauchemar, de son bras disparu et de la petite fille l’aidant à rester debout, de cette même fillette plus jeune encore dans les bras de son père maintenant disparu.)

Une fois debout, il passa une main sur son visage. Richard n’avait pas été tendre. Il pouvait le comprendre, d’autant plus qu’il connaissait le caractère très impulsif et « brute » de ce dernier. Howard savait aussi combien il tenait à Siri quand Howard peinait parfois à avoir de longues discussions avec elle, à se laisser aller. Ce n’était pas facile d’oublier ce qu’elle était, ce qu’elle retenait au fond d’elle, ni les maigres souvenirs qu’il conservait envers et contre tout.

(Sans elle, Dave serait encore en vie, mais sans lui, elle n’en serait pas là. Techniquement, elle n’avait fait que naître, alors que lui…)

- Je suis désolé, Siri, lâcha-t-il, ce qui laissa une expression consternée sur le visage de la gamine.

- C’est pas grave, répondit avec calme Siri, j’ai assez de poisse pour être possédée par un démon depuis que je suis petite, c’est tout…

Le ton se voulait las et détaché, mais il y avait de la peine, de l’amertume et même de la colère en dessous du vernis de la maturité. Les mots restaient bloqués dans sa gorge pendant quelques secondes avant qu’Howard posa sa main sur l’épaule de la petite. Sa tête était baissée, mais il leva doucement le menton pour que leur regard se croise.

- Nous allons te sauver, Siri. Et ensuite, tu pourras avoir une vie normale.

Il n’y croyait pas entièrement au fond. Il irait jusqu’au bout, à moins que quelque chose le fasse changer d’avis, mais les possibilités pour que Siri puisse être débarrassé de son démon étaient minces, sinon difficiles à trouver. Pourtant, pour la première fois, il souhaita que ce fut possible.

- Hé ben, t’as bouffé quelque chose d’avarié aujourd’hui ou j’ai tapé trop fort ? taquina immédiatement Richard.

Howard coula un regard vers lui avec toute la lassitude qu’il méritait.

- Toujours aussi élégant, Richard. Enfin, du moment, que vous n’aggravez pas davantage le vocabulaire de ma nièce… répliqua-t-il aussitôt, beaucoup trop rapidement pour mesurer la portée de ses paroles. Le résultat se fit sentir, Richard le dévisagea avec une dose presque choquante d’incrédulité.

Il n’avait fait qu’établir un lien logique. Rien de plus et certainement pas de l’affection ou en tout cas, pas comme Richard pouvait en témoigner. C’était mieux ainsi.

- Ah bah merde, c’est vrai que c’est toi son oncle, techniquement.
- Et oui mon brave Richard, le frère du père, c’est un oncle. Est-ce qu’il faut que je vous fasse réviser les bases de la généalogie une fois rentré ?

- Roh ça va, me casse pas les couilles, c’est pas ma faute si tu montres autant d’amour qu’un sociopathe.

Howard leva un sourcil et le regarda avec intensité. Richard essaya immédiatement de se reprendre, tout en se frottant la nuque avec sa main libre. Le regard de Siri passa oscilla entre sa tête et la sienne avec un petit sourire.

- Okaaay, j’ai dit ça en toute amitié, j’en connais plein des sociopathes ! Enfin des sociopathes sympas, qui veulent pas te tuer ou escorter leur crevard de neveu parce qu’il a confondu un yakuza avec des chiottes. Par exemple, mon assistante sociale ! C’est une vraie sociopathe et elle est gentille comme tout, une crème !

- Vraiment ? releva avec scepticisme Howard.

- Ouais, ouais, même que…

Richard fut interrompu dans ses excuses par le rire clair de Siri. La situation n’était pas si drôle que ça. Elle devait faire une réaction à cause de l’atmosphère plus légère, surtout en comparaison avec le combat contre le roitelet de la création. L’autre hypothèse, c’était que les mimiques de Richard faisaient mouches, ce que Howard pouvait comprendre.

Richard possédait un charme certain, il devait le concéder. Si cela permettait à Siri de rendre la situation plus supportable, Howard pouvait bien accepter les aspects agaçants de la personnalité de Richard.
Son cœur manqua un battement quand les doigts de Siri se glissèrent entre les siens. Il ne s’y attendait pas. La petite fille avait cessé de rire, mais un sourire s’étalait maintenant sur son visage.
Elle était encore si petite, songea soudain Howard, ce qui était ridicule. C’était une gamine, évidemment qu’elle était petite, pensa-t-il en lui rendant son sourire.

- Mon dieu, j’y crois pas, commenta encore une fois Richard dans sa barbe, sur un ton déconcerté et taquin à la fois.

- Qu’est-ce que vous avez encore Richard ? C’est mon sourire qui vous fait cet effet ?

- Qu… Quoi ?!

- Mine de rien, si tu te mets avec Howard, tu seras vraiment mon oncle adoptif; releva Siri en ricanant.

Cela ne plut pas du tout à Richard qui s’empressa de réagir.

- Que… Non, non et encore une fois, non ! Je euh… je préfère Duke. Oui, c’est ça mon type… Duke.

- Vous m’en voyez navré, dit d’une voix atone Howard en surveillant Siri du coin de l’oeil.

Richard la faisait de plus en plus rire avec son air choqué. Le regard d’Howard s’adoucit quelque peu.
(Quelques minutes plus tard, Siri lui serra la main en même temps que celle de Richard et ça ne devrait pas serrer son cœur.)


21.
Il n’avait pas vérifié si Siri était dans les parages quand il parla de Chorum le Dévoreur à Richard. Le lendemain, elle fit une crise et il fut obligé d’aller lui chercher un cœur. Peu de temps, il réalisa quelque chose qui le fit frémir: il avait travaillé en vain. Toutes ces années vides de sens maintenant.

Il n’avait fait que renforcer Chorum.

(Dave mort, tué par Rizel.)

Il n’avait fait que renforcer Chorum.

Siri était dans les bras de Richard et regardait avec mélancolie le livre que Dave lui avait offert des années auparavant.

Il n’avait fait que renforcer Chorum.

(Le corps de Mendoza contre le sien était souple et son parfum se révélait plaisant d’une manière dérangeante au vue de la situation. Il sentait son cœur s’accélérer dans sa poitrine pendant qu’il faisait l’amour pour la première fois, qu’il griffait la peau d’une autre femme, tout en essayant de l’aider à tuer le monstre qui se régalait de leur viol.)

Il n’avait fait que renforcer Chorum.

(Il avait essayé d’offrir du réconfort au mari qui venait de perdre celle qu’il pensait être sa femme. L’homme se tua sous ses yeux, sans qu’il ne puisse rien y faire.)

Il n’avait fait que renforcer Chorum.

(Et si espérer utiliser la coupe pour sauver Siri était aussi vain ?)

Il n’avait fait que renforcer Chorum.

22.
Siri venait de rentrer d’un braquage dont elle avait été l’otage. Fidèle à son caractère maladroit, mais chaleureux et attentionné, Joufflu s’était précipité vers elle pour la prendre dans les bras. Il était soulagé de la voir et l’exprimait avec sa franchise habituelle. Howard lui trouvait un côté attachant, surtout quand il ne risquait pas de mourir d’un instant à l’autre dans la cave secrète de Dave à cause d’un mot de passe impossible à trouver. Surtout quand il voyait un petit sourire sur le visage pâle et fatigué de Siri et les efforts de Joufflu pour la faire sourire. Malgré son côté un peu simple, il savait se montrer compétent quand il faisait des efforts et de manière générale, il se montrait de très bonne volonté.

(Des fois, il se demandait si Dave n’avait pas fait exprès de recueillir les gens qui n’avaient nul part où aller. Des parias sans but ou sans les moyens d’y parvenir. Il les avait protégés et aidés, comme autrefois il défendait un petit garçon qui rêvait d’un autre monde. Parfois, des questions piquaient sa curiosité, mais elles étaient inutiles et vides de sens. Celui qui aurait pu répondre avait été tué.)

Le premier réflexe d’Howard fut de s’assurer que Siri n’avait rien, ce qui ne lui prit que quelques minutes, le temps de l’observer. Elle n’avait pas de blessure. Plus peur que de mal, donc.

- Hé, moi aussi, je reviens d’... commença Richard, avant d’Howard le prit à part.

- Vous n’avez pas de chance, ces temps-ci, Richard, constata-t-il d’une voix sérieuse.

- Ah, tu crois ? Si ça t’inquiètes, ne t’en fais pas, je vais bien, pas de bobos.

- Je ne suis pas inquiet pour vous.

- Roh, tout de suite, fais gaffe, je vais me mettre à chialer, renchérit Richard avec un ton sarcastique et acide. Je sens que je vais me mettre à pleurer. Maintenant, tu m’excuse, j’ai eu grave une mauvaise journée, j’ai besoin d’un petit remontant.

Howard fronça les sourcils, les dents serrées.

- Oui, eh ben, vous n’êtes pas le seul.

- Awwww, c’est meugnon, roucoula Richard. Hey, Siri, ton oncle t’adore ! cria Richard en le désignant. Joufflu et Siri se retournèrent, de la stupéfaction dans leurs yeux.

Howard lui offrit son plus beau regard noir, ce qui semblait rendre Richard un peu plus hilare au lieu de le faire reculer, comme il l’aurait fait quelques jours auparavant. Quelque chose avait changé. Cela n’allait pas.

- Cessez ces enfantillages.
- Si on peut même plus s’amuser après avoir failli crever.
- Justement, je voulais savoir comment… la petite a réagi.
- Oh pas grand chose à dire… aaaah, tu veux savoir si elle a voulu se faire un casse-croûte avec l’un des braqueurs ? Ben, j’avoue, j’aurais bien aimé. Mais non.
- Il faudrait mieux qu’elle évite, au moins jusqu’à ce qu’on ait la coupe. De plus, Dieu sait où ces deux énergumènes ont pu trainer.
- Oui, oui, si elle doit bouffer des gens, autant qu’ils ne soient pas trop sales. C’est important l’hygiène dans la vie. Faut pas manger trop sucré, trop salé, cinq fruits et légumes par jour, plus de cœur de roitelet et peut-être même un cerveau de temps en temps. C’est bon pour la mémoire.

Howard se pinça l’arête du nez, un air exaspéré s’esquissant sur son visage pendant qu’il soupirait.

- Des fois, vous me fatiguez Richard, vous savez ? Bref, si vous pouviez… être assez délicat pour ne pas remuer le couteau dans la plaie, ce serait très aimable de votre part.

- Attends, tu as peur de quoi ? Pour ta gouverne, les boutiques, c’était mon idée. Bon, peut-être pas la meilleure, mais ça aurait pu marcher.
- Oui, enfin, en attendant, vous avez été la star de Paxton News. Cela aurait pu avoir des conséqu…
- Hey, qui vient de parler de pas remuer le couteau dans la plaie ?
- Jusqu’à preuve du contraire, vous êtes un adulte, Richard, pas un enfant.
- Oui et ben…

Il s’arrêta aussitôt de parler quand ses yeux se posèrent sur Siri, ce que fit Howard à son tour.

- Ce n’est pas la faute de Richard, dit Siri d’un ton sérieux, ses yeux bleus passant d’un homme à l’autre. Ne vous disputez pas s’il-vous-plait, c’est déjà assez merdique comme ça.





Depuis qu’il avait su pour Chorum, Howard avait réalisé combien il avait déjà perdu trop de temps pour des chimères, pour des liens qui existaient à peine et qui finiraient inévitablement par être détruits. Cependant, ce serait une erreur de ne pas profiter du peu de proximité qu’il avait, et plus encore de la détruire. Il devait juste veiller à ne pas se rapprocher davantage. Il posa sa main sur l’épaule de la fillette avec douceur et les yeux bleus se firent légèrement moins tristes.

- Hey, c’est fini le bourdon. D’ailleurs, on ne se disputait pas vraiment, hein Howard. C’était juste un match amical, sauf qu’au lieu d’utiliser les poings, on utilise la langue. De manière très platonique. Cette partie-là sonnait mieux dans ma tête.

Howard évita de répondre. Il avait remarqué que Richard aimait de plus en plus répondre à ses joutes verbales et que Siri semblait les adorer.
(Et… non.)

- Euh, les gars, pardon de vous interrompre, intervint Joufflu d’un air gêné, mais je crois qu’on a un petit problème de rat.

- Attends, c’est le même que la dernière fois ?

- Ouais et je crois qu’il a ramené sa famille.

- Putain, le fils de pute… galère, ce n’est pas comme si on n’avait pas eu assez de merde dans la journée, grommela Richard, jusqu’à ce que la voix de Siri se fit entendre:

- Et si on les gardait ?

Les trois hommes regardèrent avec surprise la fillette.

- Bah, c’est vrai, s’ils ne font que revenir…

- Tu préfèrerais pas un chat ? proposa Richard.
- Un chien, c’est tout doux et gentil !
- Ou un reptile si tu veux être originale, proposa rapidement Howard sans réfléchir.

Siri fit mine d’hésiter, avant de répondre :

- Je sais pas, je vais y penser. Peut-être pas de chat, j’ai… pas l’impression d’être à leur goût et vice-versa.

- Bah, euh, tu as le temps, hein co-oncle ?

- Howard, Richard, s’il-vous-plait. Joufflu, vous ne voulez pas empoisonnez le rat comme la dernière fois ? Il doit me rester du produit si vous voulez lui faire reprendre connaissance.
- Ah non, je veux pas ! Surtout s’ils ont des bébés !

- Je vais chercher des pièges, s’exclama Siri enthousiaste, suivi de Joufflu qui voulait lui parler.

- Un reptile, souligna Richard.
- Oui, un petit lézard, ça peut être sympathique.

Le sourire sarcastique de Richard lui dit tout ce qu’il y avait à savoir sur son propre avis. Il lui tapota légèrement l’épaule.

- Bon, on en reparle tout à l’heure, moi, je vais roupiller un peu, histoire d’effacer certaines images de ma tête et de me noyer dans des seins, des sourires, ce genre de chose. Bye, lui dit-t-il en souriant.

Un mince sourire lui répondit, puis, le visage d’Howard se ferma. Tout cela pouvait être certes agréable, mais ça ne valait guère la peine si à la fin, il se retrouvait avec encore moins qu’au début. Chaque perte devait en valoir la peine, sinon le voyage n’avait aucun sens.


Il devait tout sacrifier pour son objectif.
De toute façon, Chorum devenait chaque jour plus puissant, d’une manière ou d’une autre.
C’était une autre manière de dire que Siri allait mourir.
Autant que ce soit pour quelque chose de grand.

23.
Lors du match de Richard, il trouva Rizel dans sa loge pour lui proposer un marché, quelque chose qu’il aurait dû faire depuis le début. L’un aurait la coupe, l’autre la clé.

Il suffisait de quelques pas supplémentaires pour atteindre son rêve.
Howard considéra le fait de tuer Joufflu comme un mal nécessaire, presque une fatalité. Il avait deviné que l’homme ne le croyait pas et les deux autres ne devaient pas être prévenus de son changement de camp.

Il ne ressentit rien quand la lame s'enfonça dans la chair, seulement une froide et ferme résolution, une détermination aussi dure et tranchante que de l’acier. Il ne pouvait plus reculer maintenant. Howard n’éprouvait ni regret, ni plaisir. Il faisait ce qu’il devait faire. Il avait joué son rôle, maintenant, il pouvait saisir l’opportunité de sa vie et dépasser l’impasse dans laquelle il s’était engouffré.
Il oublia Joufflu. Il était mort pour que quelque chose de plus grand que lui arrive. Le reste n’avait aucune importance.

24.
Tout fut si simple à partir du moment où il s’associa à Rizel, plus que ces derniers mois voire ces dernières années. Il avait réussi à obtenir la coupe, il ne restait plus qu’à tracer les signes qu’il connaissait par cœur. Tout avait commencé avec eux, puis avec Charles et Rizel. Siri allait mourir. Il le savait, peut-être l’avait-t-il toujours su au fond de lui, comme il savait les noms des possédés et l’identité des roitelets.

(Elle avait peur, il le voyait bien. Il pourrait la rassurer, mais ça n’avait strictement aucun intérêt. Dans quelques minutes, elle allait mourir.)


25.
Il arracha une à une les pages du livre de ce qui ne serait plus rien dans peu de temps, avec une force et une rage insoupçonnées. Elle ne pourrait plus l’ouvrir de toute façon, elle ne pourrait plus rien, elle allait mourir. Peut-être aurait-t-il été mieux pour tout le monde qu’elle perdit la vie dix ans plus tard, mais non, parce qu’il n’aurait pas eu la clé pour le monde dont il rêvait.

(Pas de regret, pas de pensée pour Dave, rien…)

Quand il enfourcha sa moto, il croisa le regard de Richard et pour la dernière fois, son cœur se tordit parce qu’il revit les yeux bleus, entendit le rire, sentit…
Stop. Non.
Richard. Richard était là.
Howard lui dit qu’il l’aimait bien.
Il lui demanda pardon.
Puis, il les abandonna tous sans regarder en arrière. A quoi bon quand un rêve s’ouvrait devant lui ?

26.
Howard appréciait l’air qui giflait son visage pendant qu’il parcourait ce nouveau monde, bien plus merveilleux de tout ce qu’il avait imaginé enfant. Il ne pensa pas à Paxton, ni à son frère, ni à Siri, ni à Rizel, ni à Charles ou Richard. Tout un univers s’ouvrait à lui.

Il était seul.
Heureux.

Le reste n’était que des ombres, surtout en face de la trame même de l’univers.

Tags: auteur:petit dragon, fic, lastman, pour:skeleton key
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