oe_participant (oe_participant) wrote in obscur_echange,
oe_participant
oe_participant
obscur_echange

[Fic] Derrière son silence, Gankutsuou, Franz->Albert [de Douceur de Soie, pour Lillvisman]


Titre : Derrière son silence
Auteur : Douceur de Soie (Participant.e 14)
Pour : Lillvisman (Participant.e 2)
Fandom : Gankutsuou
Persos/Couple : Franz -> Albert, Maximilien
Rating : R
Disclaimer : Gankutsuou appartient à Mahiro Maeda
Prompt : Comment Franz se rend-t'il compte de ses sentiments ? Est-ce qu'Albert reste ignorant de la situation ou est-ce que post-canon quelque chose se passe ? A toi de voir !
Notes : C’est plus de l’introspection qu’autre chose, je ne sais pas si c’est ce que tu en attendais, et le visionnage de cette série date un peu donc j’ai potentiellement quelques oublis... J’espère que cela te plaira malgré tout !

Franz ne savait pas ce que c’était. Ce qu’il ressentait à son égard. Au début de leur relation, il le savait ; de leur rencontre, le jour de l’enterrement de son père, et de la reconnaissance, suite à sa présence et à son soutien en ces jours si fatidiques, s’était rapidement scellé un lien des plus profonds qui unissait depuis lors les deux jeunes garçons de manière inextinguible – l’amitié. C’était quelque chose qu’il connaissait bien, même s’il n’avait pas tant d’amis que cela – et encore moins un ami aussi proche que ne l’était Albert. Alors il était en mesure de l’affirmer : Albert était devenu son ami, son meilleur ami même. Il avait pris une place importante dans sa vie et cela lui avait paru normal ; Albert avait été là pour lui lors des pires moments. Franz se sentait capable de tout pour lui. C’était un juste retour des choses – et puis, en tant que meilleur ami, c’était un désir naturel, n’est-ce pas ? Mais à présent…

Quelque chose s’était ajouté à ce qu’il ressentait pour lui jusque-là et il ne savait pas comment le définir. Le mot ‘amitié’ ne paraissait plus suffire. Il n’englobait pas l’attractivité qu’Albert exerçait sur lui depuis quelques temps. Il ne saurait dire depuis quand – il lui avait fallu un peu de temps pour s’en rendre compte et un peu plus encore pour s’interroger à ce sujet. Était-ce normal ? Une évolution naturelle d’une amitié telle que la leur ?

Fixer un Albert concentré sur son livre ne l’aidait pas le moins du monde à poser les mots dessus ; il aurait aimé en discuter avec lui mais conservait les lèvres closes, conscient que son ami ne serait sans doute pas d’une grande aide. Albert paraissait parfois si inconscient des choses, si innocent… Et s’il s’amusait et riait de ses propos, sans en comprendre un traitre mot ? Lui-même se sentait incapable de décrire cela correctement. Alors Franz se taisait, même s’il était curieux de savoir si, au moins, son ami ressentait la même chose à son égard. Cependant, son cœur se serrait en anticipant sa dénégation, et il n’en comprenait pas la raison. La sensation, imaginaire, était désagréable, presque douloureuse, comme un lointain écho de la souffrance endurée après la mort de son père, en même temps semblable et tellement différente. Pourquoi ? Plus il y réfléchissait, plus il avait de questions, qui demeuraient toutes sans réponse.

Mais où les chercher ?

**

Ils avaient tort. Tous. Les livres, sa mère. Si chacun avait une certaine appréciation individuelle de la chose, tous convenaient que l’amour était un sentiment des plus plaisants, le plus beau parmi tous. Si tout le reste semblait coller, ce point-là n’allait pas ; cela était loin de l’image idéalisée qu’ils dépeignaient. Une terrible angoisse le tiraillait, sans qu’il ne sût comment s’en débarrasser. Cependant, il en devinait l’origine : rien ne l’assurait d’une certaine réciprocité, bien au contraire. Il avait beau regarder Albert, il ne voyait rien chez lui qui ne trahît une inclination similaire à son encontre.

Et cela faisait terriblement mal.

En fait, aimer, c’est douloureux. C’était l’amer constat que Franz avait fini par établir, quelques jours après avoir posé ce mot sur ce qu’il ressentait pour Albert. Il ne semblait pas y avoir de meilleur terme pour cela et plus il observait Albert, plus il était certain d’avoir raison. De l’amour. Sa mère lui avait dit que, dans une situation idéale, le mieux était d’être honnête et de s’avouer, puis d’accepter la réponse de l’être aimé, quelle qu’elle fût ; cependant, elle avait concédé que, dans son cas, comme il était déjà fiancé, un tel sentiment et un tel aveu n’étaient possibles que pour celle que sa famille lui destinait. Elle avait refusé de s’attarder sur l’autre possibilité, admettant seulement que la situation deviendrait alors plus compliquée. De toute façon, il avait compris – les mots liaison et adultère, entre autres, ne lui étaient pas inconnus. Alors que faire ?

Rien, finit-il par conclure, alors qu’il scrutait le visage concentré d’Albert. Leur abri constituait une bulle autour d’eux qui les séparait du monde extérieur et de ses réalités, parfois trop dures pour les jeunes adolescents qu’ils étaient – trop dures pour lui, peut-être, car Albert semblait ne rien percevoir de tout cela. Pourtant, cette fois, il ne se sentait plus tellement protégé ; il avait l’impression que le monde le fixait à travers ces murs qu’il jugeait à présent trop fins, bien qu’il sût que ce n’était qu’une invention de son esprit issue de ses craintes, notamment celle d’être jugé. Par lui, en particulier. Le constat était irrévocable : un mur invisible s’était dressé entre Albert et lui, plus tangible encore depuis qu’il avait statué sur ce qu’il ressentait. Il aurait voulu être honnête avec lui mais la peur de sa réaction le retenait. N’était-ce pas aberrant de tomber amoureux de son meilleur ami ? Et s’il le repoussait ? Si leur amitié venait à en être ternie, dans l’optique où elle ne s’en trouverait pas irrémédiablement brisée ? Un infime espoir valait-il la peine de prendre un tel risque ? Et pour quelle issue, alors qu’ils étaient déjà tous deux promis à un mariage arrangé ? D’une certaine façon, il avait l’impression de le trahir, par son mensonge et par l’amour qu’il lui vouait ; et Albert qui était inconscient de tout cela… Alors il ne lui dirait rien. Jamais. Mieux valait taire ces sentiments. Autant pour sa famille que pour Albert, pour lui-même, ainsi que pour la sûreté de leur relation. Être présent à ses côtés était le plus important. Profiter de chaque instant avec lui, aussi. Cela devrait lui suffire, n’est-ce pas ?

Et puis, si cela se trouvait, ces sentiments finiraient par disparaitre d’eux-mêmes, avec le temps…

**

Aimer, c’est douloureux. Jusque-là, cette affirmation n’avait qu’une dimension psychique ; elle n’avait jamais pris un sens aussi concret qu’en cet instant. L’amour amenait à faire des choses stupides, parfois, jusqu’à balayer ce que l’instinct de survie criait de ne pas faire – comme se sacrifier et mourir à la place de l’autre. Car s’il avait laissé Albert se rendre au défi comme prévu, il ne se leurrait pas ; c’aurait été lui, le futur cadavre. Il n’avait jamais eu la moindre chance ; le Comte était impossible à tuer, visiblement. Qu’était-il donc ?

Il n’en aurait jamais la réponse.

La douleur zébrait tout le long de son corps et semblait ne rien vouloir épargner. Cependant, le pire était, sans doute, la sensation d’étouffement qui ne le quittait pas, cet air si précieux qui ne cessait de vouloir lui échapper. Il respirait avec difficulté, le goût âcre du sang dans la bouche. Il savait qu’il allait mourir. Il ignorait pour quelle raison il était toujours en vie mais cette issue était inéluctable. Il ignorait si des secours étaient supposés arriver mais si c’était le cas, ce serait trop tard. Les pleurs d’Albert, près de lui, n’y changeraient rien. De toute façon, ce n’était pas une surprise ; en se rendant à ce défi à sa place, il avait déjà pris conscience qu’il y laisserait la vie. Malgré cela, il ne regrettait pas son choix.

Il y avait beaucoup de choses qu’il aurait voulu lui dire mais dont il était désormais incapable – son souffle trop court ne le lui permettait déjà plus. Pourquoi il avait fait cela et pourquoi Albert ne devait pas tant s’en faire, son désir qu’il poursuivît sa vie et qu’il continuât à y avoir goût, que le jour de son anniversaire ne devînt pas un jour à maudire, qu’il ne se laissât pas dépérir à cause de sa mort. Car c’était une possibilité. Déjà, il voyait la culpabilité et les remords transparaître au travers de ses traits et il s’en désolait. C’était son choix, après tout, et il aurait aimé le lui dire. Heureusement, il avait écrit cette lettre. Il espérait qu’elle lui apporterait un peu de réconfort dans les jours à venir.

Il avait hésité à y retranscrire les sentiments qu’il avait pour lui. Et en cet instant, au crépuscule de sa courte existence, il hésitait à lâcher ces trois petits mots, si anodins et si pleins de sens. Un désir stupide, se disait-il, et purement égoïste ; sans doute une influence d’histoires romantiques qui trouvaient ce moment des plus opportuns pour une confession. Pour quelle utilité, après tout ? Et puis, les souvenirs qu’Albert aurait de lui ne se trouveraient-ils pas entachés par ce secret insolite qu’il n’aurait pas le temps de justifier ?

Non. Non, il ne dirait rien, comme il se l’était promis depuis le début. Sa volonté se raffermit à la vue du visage éploré d’Albert, à ses lèvres qui laissaient échapper un flot de paroles angoissées destinées, l’espérait-il, à le maintenir éveillé et en vie quelques minutes de plus dans un espoir des plus vains.

Cela ne fonctionna pas.

Franz n’eut pas le temps de songer davantage. Ses pensées se délitèrent peu avant qu’il n’expirât, emportant avec lui cet amour inavoué réduit à jamais au silence.

**

Vivre était devenue une véritable épreuve depuis sa mort. Son être se composait presque exclusivement de remords ; quant à la haine ? Il avait haï le comte pour ce qu’il avait fait – cependant, cette haine s’était amalgamée avec une foule d’autres émotions, et sa mort l’avait rendue presque caduque. Ce qu’il avait vécu et ce qui l’avait rongé… Il avait haï son père, aussi, car rien ne serait arrivé sans ses manigances et son égoïsme, mais lui-même n’aurait jamais existé – et c’était étrange d’y songer. Il se haïssait lui-même pour avoir lancé ce stupide gant, à l’origine de ce stupide défi qui avait conduit Franz à sa mort. Pire, ce dernier n’avait eu de cesse de l’avertir depuis le début de cette histoire mais il avait toujours refusé de l’écouter. Il regrettait tellement sa conduite, désormais. Peut-être en avait-il un peu voulu à son ami pour son initiative suicidaire ; c’était lui qui aurait dû mourir, pas Franz ! Il aurait dû assumer son geste irréfléchi. Il avait l’impression d’haïr le monde entier et en même temps, il avait conscience qu’il n’avait aucune raison à cela – la faute n’était que de son fait, à lui seul, et le choix avait appartenu à Franz.

Les jours écoulés depuis ce jour funeste ne parvenaient pas à amoindrir sa culpabilité. La lettre que Franz lui avait laissée n’avait pas davantage réussi, même un tant soit peu, pas plus que les paroles pleines de compassion de sa mère ou de ses amis. Il se sentait incapable de s’en remettre. Il n’était même pas capable d’affronter sa tombe. Quel genre d’ami était-il ? N’avait-il donc été qu’un imbécile innocent que la réalité avait frappé de plein fouet, et de la pire des façons ? Une autre question, plus délicate à répondre, ne cessait de le hanter jour après jour.

Pourquoi ?

Le monde lui apparaissait de manière étouffée depuis sa mort et celle du comte. Depuis la ‘fin’ de cette histoire. Son regard se perdait dans les flots agités de l’océan, aussi tumultueux que ses pensées. Ainsi, il n’entendit pas Maximilien pénétrer à l’intérieur de la pièce. Il ne le vit pas s’attrister en l’observant lui, pâle copie du jeune homme qu’il avait été lors de leur rencontre. Désormais, il n’était rien de plus qu’une ombre.

— Albert ?

Aucune réponse. Maximilien dut insister et, finalement, se rapprocher de lui et poser sa main sur son épaule pour l’extirper des méandres de son esprit.

— Nous allons bientôt y aller.

Où ? Cependant, Albert ne lâcha pas un mot et se contenta d’acquiescer. La réponse l’indifférait et la mémoire lui reviendrait sans doute en chemin. Seul le nom d’Haydée retentit en un faible écho mais il ne s’y accrocha pas.

Maximilien plissa les yeux devant la mollesse de son attitude, bien qu’elle fût habituelle depuis quelques temps. Il adopta une moue compatissante qu’Albert prit soin d’ignorer.

— Vous pensez toujours à lui ?

D’abord le silence, puis Albert lâcha un simple Oui à peine murmuré, sur le ton de l’évidence. Quelques secondes supplémentaires s’égrenèrent, vides. Il ne sut ce qui le motiva à poursuivre ; formulait-il seulement ses pensées à voix haute ou ressentait-il le besoin irrépressible de trouver une réponse, même si les chances que Maximilien fût en mesure de lui en fournir une étaient infimes ?

— Je me demande toujours… pourquoi. Pourquoi est-ce tombé sur nous, sur lui, et pourquoi… pourquoi a-t-il fait ça ? C’est… il savait qu’il allait mourir, n’est-ce pas ?

C’était sa lettre. Il l’avait rédigée car il savait qu’il n’aurait pas l’occasion de lui confier tout cela de vive voix. Comment ? Comment avait-il réussi à s’y résoudre, alors que tout cela n’avait résulté que de sa propre stupidité ?

— J’imagine qu’il le savait, oui.

Ce n’était qu’une évidence qu’il connaissait déjà. Un sourire amer se dessina sur ses lèvres. Ses yeux se détournèrent de Maximilien pour retourner vers la fenêtre alors que sa gorge se serrait. Non, jamais il ne s’y ferait.

Maximilien le jaugea quelques secondes avant de souffler pour lui-même :

— Vous ne vous en êtes jamais rendu compte, finalement. Vous étiez pourtant si proches…

— De quoi parlez-vous ?

Maximilien fut surpris par l’attention acérée qu’Albert portait vers lui. Il lui adressa un sourire triste. Son regard se fit doux et lointain alors que des images du passé lui revenaient par bribes. En particulier ce fameux jour où il avait compris qu’ils partageaient ce même désespoir, confrontés à un amour interdit. Cependant, sa propre histoire avait pris une tournure bien plus favorable que pour Franz.

— De ce qu’il ressentait pour vous.

Lorsqu’il se rendit compte des paroles qu’il venait de lâcher, il les regretta aussitôt et se reprit. Albert venait de se figer, les yeux écarquillés.

— De… ce qu’il ressentait pour moi ? Que voulez-vous dire par là ?

Maximilien soupira avant de secouer légèrement la tête en signe de dénégation.

— Oubliez cela. Cela n’a plus tellement d’importance, n’est-ce pas ? Et puis, je doute qu’il aurait voulu que je vous en parle. Il semblait déterminé à garder cela secret.

Résolu à ne pas en dire davantage, il se détacha d’Albert. Ce dernier ne réagit pas et se contenta de le suivre du regard, secoué par ses propos, alors qu’il progressait vers la porte. Il ne comprenait pas et, en même temps, il craignait de comprendre. Un tel sous-entendu… était-il en train de suggérer que Franz avait été – ?

Ignorant son trouble, Maximilien répéta le message qu’il était venu transmettre avant de le quitter pour se mettre à la recherche de Valentine, après une dernière œillade désolée à son attention. Albert ne nota pas sa soudaine absence et ressentit juste le brusque besoin de s’asseoir. Franz… amoureux de lui ? Jamais il n’avait imaginé une telle chose ! Et en même temps… il se remémorait quelques scènes étranges, comme la fois où Franz lui avait demandé ce que signifiait aimer quelqu’un pour lui. Y avait-il alors eu une sorte de sens caché, de motivation voilée qui lui avait échappé, à l’époque ?

Mais si c’était réellement le cas, pourquoi ne pas en avoir parlé dans sa lettre ? Pourquoi avoir gardé le silence ? Pourquoi Maximilien l’avait-il su et pas lui ? Ce n’était qu’une simple hypothèse et pourtant, il… il ne savait pas ce qu’il ressentait à cet égard, outre de la perplexité. Tout se mélangeait et se fondait en lui, de sorte qu’il était incapable d’en tirer une quelconque interprétation. La seule chose certaine était que, dans tous les cas, ni sa peine, ni son mal-être, ni sa culpabilité ne s’en trouvaient diminuées. En perdant Franz, il avait perdu une partie de lui-même.

Et que Franz l’eût réellement aimé ou non, quoi qu’il en pensât, cette vérité-là ne changerait jamais.

Tags: auteur:douceur de soie, fic, gankutsuou, pour:lillvisman
Subscribe

  • Post a new comment

    Error

    default userpic
    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 6 comments