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[Fic] Comme loup et chasseur, Les loups-garous de Thiercelieux [d'Ominious Kitten, pour Damoclès]

Titre : Comme loup et chasseur
Auteur : Ominious Kitten (Participant.e 17)
Pour : Damoclès (Participant.e 13)
Fandom : Les lous-garous de Thiercelieux
Persos/Couple : Le Chasseur, un jeune homme nommé Culbert, le Maire
Rating : R
Disclaimer : Les Loups-Garous de Thiercelieux est un jeu de société d'ambiance créé par Philippe des Pallières et Hervé Marly
Prompt : Gen ou pairing (j'avoue que je n’ai pas d’avis très tranchés sur ces derniers, donc sens toi libre de piocher dans ceux qui te tentent le plus parmis ceux que tu as cités, quoique j’avoue une certaine curiosité pour les pairings avec les loup-garous : Loups-garou/Villageois, Chasseur/Loup-garou., etc) Je suis surtout curieuse de savoir quelles histoires on pourrait raconter dans cet univers, avec ces archétypes de personnages en fait…
J’aime bien le smut, et les ratings élevés ou les passages darks ne me font pas peurs, mais je préfèrerais quand même que ça finisse bien.
Commentaire : Bon, j'ai rushé à fond pour cette dernière fic, donc pas d'illustration, mais j'espère que ça te plaira, je tenais à faire ce prompt !





C'était un secret mais le Chasseur voit quelqu'un.

Cela faisait des années que le Chasseur vivait seul à l'orée de la forêt comme un ermite depuis que sa famille avait été massacrée par les loup-garous de Thiercelieux. Depuis ce tragique événement, il était las de tout, et il avait abandonné la lutte. A quoi bon ? Il refusait le contact avec autrui, préférant celui de la nature et subvenant à la plupart de ses besoins par lui-même.
Parfois, le maire venait le voir dans sa petite cabane pour tenter de le convaincre de reprendre le flambeau – n'avait-il pas envie de venger sa femme et ses enfants ?
Mais le Chasseur n'avait plus touché à son fusil depuis près d'une décennie, et à chaque visite, il disait non, le ton montait et le Maire repartait furieux – ce qui ne l'empêchait pas de revenir, car les habitudes ont la vie dure et les vieilles amitiés ont du mal à mourir.
C'était parce qu'il était le Chasseur que les loups s'en étaient pris à ceux qu'il aimait, et sans eux à ses côtés, il ne voyait pas l'intérêt de continuer dans cette voie. Il ne voulait plus de violence. Le sang et les tripailles qu'il avait trouvé en rentrant chez lui un soir lui avait suffit pour toute une vie.
Assez de sauvagerie.
Et même si les cloches de l'église n'arrêtaient pas de sonner le glas, il l'ignorait. Il ignorait aussi les regards des gens dans la rue lorsqu'il s'aventurait au village pour acheter quelques rares denrées dont il avait besoin et qu'il ne pouvait ni trouver, ni faire pousser, ni fabriquer par lui-même.
Ce n'était plus son combat. Ce n'était plus sa vie désormais. C'était fini.
Du moins le croyait-il.

*


Il y avait quelque chose qui s'agitait dans la forêt.
Le Chasseur, qui était en train de cueillir des baies, reposa doucement son panier sur le sol, se tenant sur ses gardes, jambes écartées et plantées fermement dans l'humus encore humide.
Ça courrait dans sa direction, mais à cause de la végétation dense, il ne pouvait pas voir de quoi il s'agissait.
Ça allait vite et c'était gros, mais ce n'était pas un sanglier ou un chevreuil. En tout cas, ça ne faisait aucun effort pour dissimuler sa présence.
Le Chasseur n'avait pas peur mais il prit un bâton par pur réflexe. Ce n'était pas le son d'un animal, et donc il s'en méfiait.
Quelque chose jaillit des fourrés et roula à ses pieds, se prenant dans ses jambes. Le Chasseur lui asséna un coup avant de tomber à la renverse sous la force de l'impact.
Le jeune homme ayant causé sa chute se releva prestement, avec la souplesse due à son âge, mais le Chasseur l'attrapa par la cheville et tira dessus.
L'assaillant poussa un cri et s'effondra à nouveau à terre. Le Chasseur en profita pour l'immobiliser sous lui.
- Qui es-tu ? Tu es venu pour finir le boulot ? APRÈS 15 ANS À ME LAISSER POURRIR ??
- Je suis désolé, désolé !, s'écria le jeune homme qui se protégeait le visage avec ses bras. S'il vous plaît, me frappez pas !
Son accès de fureur s'éteignit brusquement et le Chasseur s'écarta, se laissant retomber dans l'herbe.
- Va-t-en !, rugit-il.
Le garçon se redressa en le fixant avec des yeux ronds. Il n'était pas aussi jeune que le Chasseur le pensait de prime abord, mais il était maigre et ses cheveux jaunes paille, ses yeux clairs et son menton pointu lui donnaient des airs de gamin trop vite grandi.
- Dégage !
L'inconnu s'enfuit à toutes jambes sans se retourner.

A la nuit tombée, le maire lui rendit à nouveau visite, cette fois pour le sermonner.
- Bon dieu Philippe, j'ai fait ce que j'ai pu pour te protéger, mais là, tu as dépassé les bornes !
- C'est lui qui m'est rentré dedans !, protesta le Chasseur.
Le Maire, qui était assis à sa table, sur la seule chaise dont disposait sa cabane, secoua la tête, l'air navré.
- Tu as de la chance qu'il ne s'agissait que du jeune Culbert. Comme il n'a pas de famille pour se plaindre, tu n'auras pas d'ennuis.
- Bah alors je vois pas où est le problème, grommela le Chasseur en bourrant sa pipe.
- Les gens parlent. A ton avis, combien de temps faudra-t-il pour que les gens pensent qu'il y a un fou armé vivant à deux pas de chez eux ? Moi aussi j'ai des enfants, et je sais comment je réagirais si c'était le cas...
- Dans ce cas, qu'est-ce que tu me proposes de faire ?
Le Maire se caressa la menton, lissant les poils drus de son bouc d'un air pensif.
- Tu pourrais le prendre comme apprenti...
- Quoi ?, s'exclama le Chasseur en se redressant.
Sa pipe lui tomba des lèvres et il s'empressa de la ramasser.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Je dis que tu pourrais lui apprendre à chasser. Culbert est gentil garçon mais...disons qu'il n'est pas très utile au village. Tu pourrais lui apprendre des choses. Peut-être pas à tuer des loup-garous, mais peut-être à savoir poser des pièges, traquer les bêtes, reconnaître les champignons comestibles...
- Tu m'as pris pour une nourrice ou quoi ? J'ai mieux à faire que de m'occuper d'un garçon qui ne sait rien faire de ces dix doigts !
Cependant le Maire secoua la tête d'un air grave :
- J'ai bien peur que tu n'ais pas le choix, déclara-t-il. Et puis ça te fera du bien d'avoir quelqu'un, ça fait trop longtemps que tu restes seul...
- J'ai besoin de personne !, s'agaça le Chasseur tandis que le Maire se levait.
- C'est ce que tu dis mais je n'en suis pas certain, répondit le Maire en enfilant son manteau. Tu ferais mieux de prendre cela comme une opportunité de réparer la frayeur que tu lui as fait. Le pauvre bougre n'a cessé de raconter l'anecdote à qui voulait l'entendre.
- Et pourquoi est-ce qu'il courrait comme un dératé dans la forêt ?, grommela le Chasseur.
Le Maire ouvrit la porte :
- Tu n'auras qu'à lui demander.
Il alluma sa lanterne et s'éloigna dans le brouillard, laissant le Chasseur seul avec ses pensées.
Il mâchonna le bec de sa pipe avec mécontentement et claqua la porte sur la nuit sombre s'étalant au dehors.

Ce fut seulement en fin de matinée, quand la cloche de l'église sonna la demie, que Culbert osa enfin se montrer.
Il semblait craintif, et le Chasseur ne pouvait pas entièrement lui en vouloir après leur première rencontre désastreuse, cependant il était d'une humeur massacrante : il attendait depuis l'aube que le jeune homme vienne, et son retard ne fit que confirmer son dépit de devoir acueillir un garçon, un homme même, car il avoisinait déjà les 30 ans, dont la réputation laissait présager qu'il était idiot et incapable.
- C'est seulement à cette heure-ci que tu t'amènes ?, morigéna le Chasseur.
Il s'apprêtait à lui demander s'il était resté au lit comme un gros fainéant lorsqu'il vit les cernes s'étalant sous ses yeux clairs. Il se renfrogna et désigna la pelle appuyée contre le mur.
- Prends ça et suis-moi. Je vais t'apprendre à ramasser de l'aconit tue-loup.
Le jeune homme avança en tremblant et tenta de s'emparer de la pelle, qui lui échappa des mains.
Le Chasseur grimaça ; le garçon était nerveux, trop nerveux. Il n'était pas physiquement handicapé, mais ça se voyait comme le nez au milieu de la figure qu'il ne savait rien faire, sans doute parce qu'il avait envie de bien faire justement, mais qu'il n'arrivait pas à se contrôler.
Il était arrivé sans dire bonjour, les yeux baissés, et il n'avait pas décoché un mot : ça montrait juste à quel point sa situation était désespéré. A son âge, il était censé avoir une certaine assurance, savoir se débrouiller seul...
Le Chasseur se mit à marcher devant, sur une route en terre battue qui menait dans la forêt, au lieu de traverser directement celle-ci. Il fallait que le garçon s'habitue – et en plus de ça, il n'avait pas envie de le ramasser à chaque fois qu'il trébucherait sur une racine.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait rien enseigné à personne. En serait-il seulement capable ?
- L'aconit, c'est un poison, expliqua-t-il en marchant. Enfin c'est une plante, mais c'est poison. Pour l'homme comme pour le loup, tu vois ? Les loup-garous sont moins fragiles que les hommes, ils se régénèrent plus vite, surtout à la pleine lune où une plaie ouverte peut se refermer en seulement quelques minutes, même si un organe vital est atteint. Ils craignent néanmoins le feu, l'argent, et l'aconit. C'est pour ça qu'on va en chercher.
Comme Culbert ne répondait pas, le Chasseur se retourna et lui jeta un coup d'oeil sévère.
- Tu as compris ?
Le jeune homme releva le nez, déjà essoufflé de la marche rapide.
- Ou-oui, d'accord.
Le Chasseur soupira :
- Feu, argent, aconit. Souviens-toi bien de ça.
Ils continuèrent d'avancer, et enfin, Culbert prit la parole de lui-même :
- Est-ce que...ça veut dire que vos balles sont en argent ?
Le Chasseur ricana :
- Tu trouves que j'ai l'air de quelqu'un qui roule sur l'or ? Non, la plupart de mes balles sont normales, mais enduite d'aconit. Enfin étaient. Je n'en ai plus fabriqué depuis longtemps...
Le jeune homme eut la clairvoyance de ne pas demander pourquoi. Le Chasseur désigna un sentier étroit se perdant entre les arbres.
- On va passer par là, je vais te montrer un coin où il y en a. Retiens bien le chemin.
Ils prirent le sentier et débouchèrent rapidement sur l'endroit que le Chasseur voulait lui montrer. Il en profita pour essayer de lui apprendre à quoi correspondait chaque plante, y compris certains champignons. Ce n'était pas agréable de parler tout seul, mais au moins Culbert semblait attentif.
Il déterrèrent quelques plantes mais le Chasseur prévînt Culbert qu'il fallait en laisser pour leurs permettre de se reproduire. Sinon il n'y en aurait plus et il faudrait trouver un autre endroit.
- C'est le seul lieu où elles poussent ?, interrogea Culbert.
- Non, bien sûr que non, répondit le Chasseur d'un ton bourru en ramassant la pelle. Seulement, c'est le plus facile d'accès. Si tu as un besoin urgent d'aconit, c'est ici qu'il faut aller. Je t'en montrerais d'autres, mais chaque chose en son temps.
- La prochaine pleine lune est dans un mois, chuchota Culbert à voix basse, si basse que le Chasseur aurait pu ne pas l'entendre si son ouïe n'avait été particulièrement affûtée, du fait de son activité.
Il fit semblant de ne pas l'avoir entendu. Mais il garda l'information dans un coin de sa tête.
Culbert comptait les jours avant la prochaine pleine lune. Pourquoi ? Il n'allait certainement pas poser la question maintenant, mais il la gardait au chaud pour plus tard. Ce n'était pas inintéressant et ça montrait de la part du jeune homme un intérêt qu'il avait envie de creuser.
Il aurait aussi aimé lui demander qui étaient ses parents, mais cela faisait si longtemps qu'il ne fréquentait plus personne que les noms ne lui auraient probablement pas parlé plus que ça.
En tout cas c'était vraiment irresponsable de leur part de laisser leur garçon devenir un tel empoté dont personne ne voulait et qui vivait littéralement aux crochets de la société.
Contrairement à beaucoup de gens autour de lui, le Chasseur n'avait jamais pensé que l'on naissait avec des défauts. Personne ne naissait bon ou mauvais, selon lui ; c'était l'éducation que l'on donnait dans l'enfance, dès le plus jeune âge, qui dirigeait une personne plutôt dans une voie ou plutôt dans une autre.
Il espérait bien que, malgré son âge avancé, ce n'était pas trop tard pour faire quelque chose de son nouvel apprenti.
- D'ailleurs, pourquoi tu courrais dans la forêt l'autre fois ?, lança le Chasseur soudainement en se rappelant pourquoi il avait dû le prendre sous son aile à la base.
Le garçon buta contre un caillou mais se rattrapa sans s'étaler.
- Je...j'étais...hm...
- Si tu veux pas le dire, ne le dit pas, grogna le Chasseur en levant les yeux au ciel.
- Ce...c'est ça. C'est juste que...
Il s'arrêta et le Chasseur en fit de même. Il se retourna pour regarder Culbert, qui fixait le sol, les joues rougies.
- Au village...ils me traitent tous d'imbéciles et de bon à rien. Les...il y a des enfants qui se moquent de moi. Des jeunes garçons. Et je ne sais pas comment leurs dire d'arrêter.
Comme le Chasseur ne répondait rien, Culbert sembla se recroqueviller sur lui-même.
- Du coup...du coup, parfois, je...je suis obligé de m'enfuir...et ils me poursuivent. Je suis désolé de vous avoir causé du tort. De...de vous forcer à vous occuper de moi.
Sa voix tremblotante paraissait de plus en plus chargée de larmes. Alors le Chasseur eut un geste instinctif, un geste qu'il n'avait pas eu depuis bien des années, quand son fils vivait encore.
Il caressa gentiment les cheveux blonds du jeune homme.
- Bah, si tu vas par-là, moi aussi ils me traitent de bon à rien. Alors toi et moi, on fait la paire.
Et il se détourna avant de pouvoir croiser le regard empli de gratitude de Culbert. Il n'avait vraiment pas besoin de ça.

**


Les jours passant, ils apprirent à mieux se connaître.
Le Chasseur finit par comprendre que Culbert n'avait pas de parents, ceux-ci ayant été attaqués par des loup-garous alors qu'ils rentraient du marché d'une ville voisine.
C'était le chanoine qui s'était occupé de lui, mais depuis lors, le jeune homme s'était montré toujours extrêmement craintif, et donc incapable de mener à bien des tâches simples, comme de ramener des courses ou s'occuper d'animaux. Il avait du mal avec la foule, disait-il, et les animaux ne l'aimaient pas.
Mais pour le chanoine et les autres gens du village, c'était de la mauvaise volonté, et son tuteur ne manquait jamais de le lui rappeler à coups de bâtons.
Voilà qui n'était guère charitable, pensait par-devers lui le Chasseur, mais il se garda bien d'émettre une opinion.
C'était vrai que Culbert n'était pas très doué. Il tombait souvent, il écrasait ce qu'il était censé ramasser, il était vite essouflé, il était choqué à la vue du sang – ce qui était le plus gros problème sur lequel ils devaient travailler.
- C'est un lapin, et si tu veux le manger, il va bien falloir que tu l'écorches et que tu le vides, rétorqua le Chasseur une fois qu'il lui avait défait le collet ayant étranglé l'animal.
- Je....j'aime pas le lapin, murmura Culbert.
- Ben moi je le mangerais !, répliqua sèchement le Chasseur en lui tournant le dos pour se diriger vers la cabane.
Il ne comprenait pas comment il allait pouvoir faire quoique ce soit avec Culbert si ce dernier ne supportait pas le sang. En tant que Chasseur, on était souvent confronté au sang. C'était dans la nature même du métier.
Pourquoi le Maire lui avait-il mis ce type dans les pattes ?
- Pourquoi vous êtes devenu Chasseur ? Vous aimez tuer les animaux ?
Le Chasseur s'arrêta.
- T'es stupide ou quoi ??, s'écria-t-il en se retournant. Tu crois qu'on a le CHOIX en fait ?
Comme le jeune homme se recroquevillait sur lui-même, le Chasseur soupira. C'était agaçant de s'énerver contre Culbert, parce qu'il était tellement fragile que c'était comme de donner un coup de pied à un chaton.
- C'est mon père qui m'a appris, grommela-t-il.
Il rentra dans la cabane et posa le lapin sur son établi, avant de sortir ses couteaux.
Culbert n'entra pas. Il resta sur le seuil, sa grande silhouette dégingandé bloquant la lumière.
- Votre père était Chasseur aussi ?
- Hmm hm, marmonna le Chasseur en commençant son découpage.
- Mais vous, vous avez pas de fils, c'est pour ça que vous essayez de m'enseigner ?
Le couteau du Chasseur ripa et il se mit à saigner.
- Merde ! Passe-moi un torchon !
Il porta son doigt à sa bouche et chercha de quoi se nettoyer. Le jeune homme entra pour se précipiter et saisir un torchon qui pendait à un crochet. Il prit la main du Chasseur pour l'enrouler maladroitement avec le tissu.
- Tu t'y prends comme un manche.
- Vous devriez voir un médecin, ça saigne beaucoup...
- C'est rien, grogna le Chasseur.
Culbert se lécha les lèvres, la voix rauque.
- Ça saigne....beaucoup.
Il devînt tout pâle et le Chasseur le fit rapidement asseoir sur la chaise avant qu'il ne tourne de l'oeil.
- Tu es vraiment fragile toi.
- Ça sent le sang, balbutia Culbert.
Il en avait sur les doigts mais ne semblait pas s'en être aperçu, ce dont le Chasseur était reconnaissant. Il lui servit un verre d'eau de vie.
- Bois ça.
- J'aime pas l'alcool.
- Je te demande pas si tu aimes. Bois.
Alors Culbert obéit, et il reprit instantannément des couleurs – tout en toussant à qui mieux mieux à cause de l'alcool qui lui brûlait la gorge.
Le Chasseur inspecta sa blessure et versa de l'alcool dessus, hors de la vue du jeune homme.
Ce dernier demanda d'une voix faible :
- Ça va aller ?
- Occupe-toi de toi plutôt.
- Je suis désolé pour....pour tout à l'heure. Sur votre fils.
Le Chasseur, qui lui tournait toujours le dos, haussa les épaules.
- Bah, c'est pas complètement faux. Enfin c'est le Maire qui m'a forcé à te prendre, mais c'est vrai que...il faut bien un nouveau Chasseur. Mais franchement, je suis pas aidé avec toi.
Culbert émit un petit grincement sec, comme un sanglot ou un hoquet de rire, mais quand le Chasseur tourna la tête pour le regarder, il souriait, les yeux brillants :
- Vous êtes patient avec moi, observa-t-il doucement, sur un ton de voix particulier que le Chasseur ne parvenait pas à décrypter.
- Pas tellement.
Culbert secoua la tête en signe de dénégation :
- Si. Et gentil.
Le Chasseur s'étrangla, parce que ça faisait bien longtemps que personne n'avait été aussi insolent avec lui et ça ne lui plaisait pas trop. Même si c'était des compliments. Enfin il imaginait que c'était ce que Culbert prenait pour un compliment, alors que le Chasseur, lui, voyait plutôt ça comme un affaiblissement.
- Si tu peux débiter des âneries, alors tu peux te lever et rentrer chez toi. Reviens demain.
Le jeune homme se leva lentement, comme soudain chargé d'un lourd fardeau, et quitta la cabane, ce qui permit enfin au Chasseur de respirer.
Il ne savait décidément pas bien ce qu'il allait faire de Culbert.
Il commençait à bien l'aimer, cet idiot.

Une fois l'été venu, Culbert pouvait tenir un fusil sans – trop – trembler.
- Ne vise pas le centre, contente-toi de tirer sur la cible, conseilla le Chasseur en se penchant. Tu dois tenir ton fusil droit, mais placer ton épaule plus bas, sinon tu vas fatiguer ton bras.
Il aida Culbert du mieux qu'il put, ce qui n'était pas facile parce que ce dernier était tout raidi.
- Baisse l'épaule j'ai dis !
- Je sais !, s'agaça le jeune homme en se dégageant vivement, les joues rouges.
Il pressa la détente et sauta en arrière à la détonation, le recul le faisant trébucher.
- Imbécile !, rugit le Chasseur au comble de la colère en le retenant et en lui arrachant l'arme des mains. Tu dois CONTRÔLER ton tir, pas le lâcher à n'importe quel moment ! Tu pourrais BLESSER quelqu'un !
L'expression de Culbert, aussitôt, se décomposa.
- Je suis désolé ! Je n'ai pas fait exprès ! S'il vous plaît, s'il vous plaît, je suis vraiment désolé !
Déjà, le Chasseur s'éloignait à grand pas avec le fusil, le canon vers le bas.
Culbert le poursuivit dans la clairière où ils avaient installé leur terrain d'entraînement.
- Arrêtez, je m'excuse ! Je ne voulais pas !
- Ça n'a pas d'importance ! Tout ça ne sert à rien ! Tu n'es pas assez concentré et ce n'est pas un jouet pour gamin.
- Je sais tirer à l'arbalète, protesta Culbert avec frustration. Je sais poser des pièges à loup, monter les collets, traquer des petits gibiers et les abattre au couteau. Je sais tirer à l'arc, et je sais même lancer des lames. Vous m'avez appris tout ça !
Le Chasseur s'arrêta. Il se sentait plus calme désormais, car il réalisait, grâce à l'énumération de Culbert, qu'en effet, il avait fait des progrès fulgurant. Ça avait été presque trop rapide. En seulement deux saisons, le jeune homme malhabile des débuts avait laissé place à un garçon bien plus confiant – mais toujours aussi gauche et mal ajusté.
- Tu n'es pas encore prêt pour ça, déclara le Chasseur. J'ai voulu aller trop vite en te confiant le fusil. Je voulais...
Il réfléchit. Cela faisait longtemps qu'il ne « voulait » plus grand chose. C'était difficile à exprimer.
Il haussa les épaules :
- La première pleine lune de ton apprentissage, tu n'es pas venu pendant plusieurs jours. C'est chaque fois la même chose. Si les loup-garous te font si peur...
Il se mâchonna l'intérieur de la lèvre. Il ne savait pas bien comment dire ce qu'il pensait. Il ne parlait pas beaucoup aux gens d'habitude. Mais c'est vrai que Culbert était son interlocuteur privilégié depuis des mois, il devait être habitué :
- Ce que je veux dire, c'est que si tu te caches à chaque pleine lune, c'est bien que tu as les miquettes, non ?
Culbert le fixa, le regard vide. Le Chasseur tenta de lui rendre son regard avec fermeté.
- Tu n'es pas prêt, insista-t-il. Viens me voir à la prochaine pleine lune. Montre-moi que tu es vraiment un homme.
C'était bizarre de dire ça comme ça. Il voulait dire à Culbert d'arrêter de ressasser son enfance et ses parents perdus. Cependant, la façon dont il l'avait dit, cela sonnait comme une invitation presque trop provocatrice.
Il tourna les talons avant d'obtenir une réponse, persuadé qu'il n'en aurait aucune.
Il fut quand même déçu que Culbert le laisse partir sans protester.

***


L'odeur du sang et des viscères n'était pas quelque chose d'étranger, mais lorsqu'il était entré chez lui cette nuit-là, elle était tellement forte qu'il avait cru vomir.
Il refusait de se souvenir de ce qu'il avait vu. De l'état dans lequel les fauves avaient laissé sa famille.
Il ne pouvait pas se rappeler. Mais quand il se réveilla en sueur dans son lit, le front baigné de sueur, les yeux emplis de larmes, il savait que c'était là, à la limite de sa mémoire, et que s'il parvenait à s'en souvenir, il deviendrait définitivement fou.
- Vous devriez vous rendormir, souffla la voix de Culbert près de lui. C'est plus facile quand vous dormez. Ça éloigne les mauvaises pensées.
- Qu'est-ce que tu fais là ?, gronda Le Chasseur en allumant une bougie avec une boîte d'amadou qu'il rangeait près de son lit.
Sa main tremblait légèrement en levant la bougie, créant des ombres mouventes sur les murs de la cabane.
La lueur ne parvenait guère à atteindre le fond de la pièce où se tenait Culbert dans l'ombre. Seuls ses yeux à l'éclat lunaire luisait dans l'obscurité.
- Il y a encore eu des meurtres au village le mois dernier, déclara Culbert. Et le mois d'avant aussi. La voyante est morte.
Le Chasseur se redressa davantage en fronçant les sourcils. Il se rappelait vaguement de cette vieille folle qui faisait des potions et prétendait voir ce qui était caché.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Les loups l'ont dévoré, murmura Culbert en clignant des paupières.
Il s'avança dans la lumière et tendit un chiffon avec lequel le Chasseur s'essuya le front et la nuque. La sueur collait sa chemise de nuit à son torse. Et la trace de vieille morsure ornant la naissance de son cou était largement visible dans l'échancrure de son vêtement.
- J'ai pas peur des loup-garous, ajouta Culbert en s'approchant du lit.
Lentement, il grimpa à quatre pattes au-dessus du Chasseur, laissant celui-ci à la fois perplexe et étrangement avide.
Ce n'était pas de sa faute. C'était comme ça tous les mois. Il n'arrivait jamais à se réfréner.
- Je voulais juste....
Il se pencha vers le cou du Chasseur, son visage se déformant lentement comme pour former une gueule pleine de crocs – à moins que ce soit un jeu d'ombres.
Le sang se mit à couler et le Chasseur abandonna la lutte.

Tags: auteur:ominious kitten, fic, les loups-garous de thiercelieux, pour:damoclès
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