oe_participant (oe_participant) wrote in obscur_echange,
oe_participant
oe_participant
obscur_echange

[Fic] Cinquante-neuf minutes, Batman, Bruce/Dick, Barbara [de Elijah, pour Tinkerbell]

Titre : Cinquante-neuf minutes
Auteur : Elijah (Participant 30)
Pour : Tinkerbell (Participant 15)
Fandom : Batman
Personnages/Pairing : Bruce/Dick, Barbara
Rating : PG-13
Disclaimer : Batman appartient à DC Comics.
Prompt : Dick/Bruce ou Robin/Batman. Robin est en danger. L’homme en Batman a plusieurs manières de réagir.
Note : Pardon pour le retard monumental ! Outre que je n'avais pas trop d'idées pour le prompt, j'ai tellement de retard partout...
Hum... je ne suis pas sûre d'avoir bien respecté le prompt demandé... En plus, je me suis aperçue trop tard que c'était « Robin », pas « Nightwing ». Euh... oups ?


La menace vint d'une étrange lettre anonyme que Dick trouva dans sa boîte aux lettres un beau matin. Les lettres avaient été grossièrement découpées dans des magazines et collées à la va-vite sur un papier à lettres crasseux qui avait dû traîner dans la boue. Le message était des plus décousus.

Done moi 10 million ou tu vas mourir

Demande a ton plain au as de pére de payer

et pose les dans un sac dans ta poubele dehor

Le tout n'était pas signé, bien entendu. Dick se dit que le monde était peuplé d'idiots illettrés et s'empressa de jeter le message illico presto. Pas de temps à perdre avec un jeune en mal d'argent qui croyait qu'il pouvait duper le premier héritier venu. Surtout que techniquement, il n'était plus vraiment l'héritier de Bruce.

— Super pour commencer la journée, grommela-t-il dans sa barbe tout en se brossant les dents. Un petit con qui me rappelle que je ne vis plus avec Bruce. Youpi.

C'était déprimant, mais Dick avait tellement l'habitude de retourner ces sombres pensées dans sa tête qu'elles en étaient presque devenues comme une vieille tante indésirable : elles venaient le voir sans prévenir et c'était désagréable, mais il devait vivre avec s'il ne voulait pas péter un câble. Il n'empêche, ça faisait quand même bien chier.

Son reflet dans le miroir lui renvoya l'image d'un bel homme sûr de lui et de sa carrière dans la police de Blüdhaven. Un chic type, un gagnant. Le genre d'homme qui rendrait bien de ses pairs jaloux.

— Ouais, continue de te vanter et tu vas finir le nez dans le caniveau avant ce soir. Priorités, Grayson, priorités.

Il s'habilla en vitesse et fila au poste.

À son insu, une caméra habillement dissimulée près de l'entrée et une autre intégrée dans le miroir au-dessus de l'évier avaient tout filmé.

***

La journée se passa sans encombres : des patrouilles, quelques arrestations, deux-trois remontrances de la part du big boss et une tonne de paperasse pour finir, rien de bien notable. Du moins jusqu'à ce qu'en fin de journée, un appel de McKenzy ne surprenne Dick alors qu'il avait le nez collé dans son énième rapport de la semaine.

— Eh, Grayson, t'as de la visite !

Qui pourrait bien venir le voir à cette heure-ci ? Dick s'apprêtait à le demander à McKenzy quand son regard tomba sur son visiteur.

Un costume hors de prix, des chaussures qui valaient certainement plus du triple de son salaire actuel à elles seules, des ongles manucurés à la perfection et un sourire valant au moins un million de dollars : Bruce Wayne venait d'arriver au commissariat central de Blüdhaven. Tout en distribuant des salutations dédaigneuses à droite et à gauche, il marcha droit vers le bureau minuscule de Dick. Lequel aurait voulu se cacher six pieds sous terre en cet instant.

— Bruce, fit-il néanmoins, le visage fermé.

— Dicky, mon garçon ! Ça fait un bien fou de te revoir ! Comment va, depuis le temps ?

— Bien, répondit Dick entre les dents.

Bruce passa son bras par-dessus ses épaules et l'étreignit avec toute la chaleur d'un père retrouvant son fils bien-aimé. Tous les regards étaient braqués sur eux. Dick se dégagea non sans mal, pris entre une rage irrépressible et une espèce de plaisir pervers à toucher de nouveau Bruce.

— Tu es venu me voir parce que...

— Quoi, un tuteur responsable n'a pas le droit de rendre visite à son presque fils chéri dans ses heures de loisir ?

— Je travaille.

— Comme tu es froid ! Vous ne trouvez pas, mon cher ?

Cette dernière remarque s'adressait à McKenzy, qui pour une raison ou une autre avait suivi Bruce jusqu'au bureau de Dick. McKenzy fit un sourire crispé et acquiesça sans conviction.

— Euh... ouais. Tu pourrais être... euh... plus content de le voir, hein, « Dicky ».

— Parfaitement ! Mais vous connaissez les adolescents, toujours à disputer l'autorité paternelle. Ah je vous jure, la jeunesse n'est plus ce qu'elle était !

McKenzy leva les yeux au ciel tandis que Dick réfrénait tant bien que mal une réplique cinglante. Pas devant les collègues. Bruce pouvait bien jouer l'idiot s'il le voulait, mais ce ne serait pas aux dépends de Dick, ça non. Il avait déjà donné.

— Bruce, j'ai largement passé l'âge adulte, merci. Si tu me disais plutôt pour quelle raison tu es venu me voir ici ? Ce n'est pas comme si tu n'avais pas mon numéro de téléphone.

Dick ne le lui avait jamais donné, mais connaissant Bruce, il devait déjà l'avoir depuis belle lurette. Peut-être même avait-il influencé sa compagnie de téléphone pour qu'elle lui en donne un en particulier qu'il avait mis sur écoute, qui sait. Ce n'est pas comme si Bruce avait le moindre scrupule à observer chaque minute de son existence...

— Le message, s'écria-t-il soudain en comprenant. C'est à cause de ce message que j'ai reçu ce matin, n'est-ce pas ?

— Quel message ? répondit innocemment Bruce. Je voulais simplement te voir... pour ça !

Vif comme l'éclair, Bruce sortit de sa poche un cadeau joliment emballé dans du papier doré. Dick le prit, non sans appréhension.

— En... quelle occasion ?

— Voyons, pour le dixième anniversaire de ta première sortie avec une fille !

— Oookay...

C'était positivement humiliant. Ou du moins ça pouvait l'être, si seulement Dick arrivait à se concentrer sur le côté « humiliant » de la chose, justement. Au lieu de cela, il se demandait, non sans espoir, pourquoi Bruce s'était focalisé sur cette excuse-là en particulier... excuse qui tout en restant ridicule, n'en était pas moins conforme à la personnalité de Bruce Wayne, le milliardaire idiot qui jetait son argent par les fenêtres.

D'ailleurs, pourquoi venir en tant que Bruce Wayne ? Pourquoi pas en tant que Batman ou l'une de ses innombrables personnalités ? Plus ça allait et plus Dick avait du mal à le comprendre.

— Donc, bon anniversaire, mon Dicky. Il faut absolument que tu viennes dîner un soir, Alfred sera ravi.

— J'y penserai.

— Bon, mon garçon, il faut que je file. Tu sais ce que c'est, la folle vie d'un homme d'affaires tel que moi. N'hésite pas à passer. Tu sais que je serai toujours prêt à passer du temps avec mon Dicky.

Et sans prévenir, Bruce se pencha sur Dick pour lui coller un baiser sonore sur la joue avant de filer vers la sortie. Dick resta comme deux ronds de flan, se frottant la joue avec un regard hagard.

— Sacré numéro, ton tuteur, dis donc, fit McKenzy en sifflant. Comprends pourquoi t'es parti.

— Ouais, grommela Dick.

— Le prends pas mal, mais il serait pas un peu... euh, tu sais ?

— Quoi ?

— Ben, avec ses manières et tout... et il vient de te coller un bécot, quoi, mec...

Dick soupira : ce n'était pas la première fois qu'on lui faisait la remarque après une de ses rencontres avec Bruce.

— Non, McKenzy. Parfaitement hétéro.

— T'es sûr ?

— Oui. Crois-moi, je suis bien placé pour le savoir.

Ça oui. Le nombre de fois que Dick avait essayé de flirter avec Bruce, durant le temps qu'il habitait avec lui ! Soit Bruce n'était vraiment pas intéressé, soit il n'avait rien vu, ce qui en le connaissant devait être le cas. Pour Bruce, toutes ces années avec Robin n'avait été que travail, devoir et encore plus de travail.

— Et puis je l'ai jamais vu sortir qu'avec des filles.

— Ouais, n'empêche, c'est quand même bien gay son bécot là.

Ah oui, le baiser. Dick se caressa la joue.

— C'est juste un baiser. Y'a plein de pères qui font ça à leur fils. C'est normal.

Ce qui l'était moins, par contre, c'était cette saleté de début d'érection qui commençait à rendre Dick nerveux.

Regarde-toi, se dit-il. T'es pathétique, Grayson. Une vraie fillette amoureuse.

Ça commençait à bien faire. Dick avait beau essayer, il n'arrivait pas à se défaire de ses sentiments pour Bruce. Plus que pathétique, c'était dangereux : et si Bruce s'en apercevait ? Et s'il décidait qu'il était mieux pour eux qu'il laisse Dick s'en aller ?

Pas question. Dick n'était pas prêt pour ça. Que Bruce garde cette bizarre obsession qu'il avait développée pour lui, qu'il le poursuive malgré les (tout ce qu'il y a de plus feints) cris de protestation de Dick, qu'il continue de jouer les tuteurs paternalistes, peu importe. Dick n'était pas plus prêt à le quitter qu'à arrêter sa carrière de super-héros.

Il lui fallait prendre les choses en main. À commencer par sa libido.

***

Dick bâcla l'écriture de ses rapports afin de partir assez tôt (du moins pour lui). Il aurait largement le temps de patrouiller après un passage en boîte et une levée de fille.

Pandora's Box était un établissement tout ce qu'il y a de plus ordinaire, coincé dans l'un des quartiers les plus populaires du moment. On n'y trouvait pas de grands artifices ou des soirées à thème précis comme ça se faisait ailleurs, mais il avait l'avantage de proposer les prix les plus compétitifs du coin. Un excellent endroit pour les paniers percés donc. Dick aimait y traîner une ou deux fois par semaine pour se changer les idées. L'ambiance était assez décontractée : pas besoin de tenues à la dernière mode ou d'accessoires dernier cri pour faire sensation, un peu de bagout, pas mal de charme et surtout du cran à revendre suffisait pour vous assurer une petite place dans la clique des habitués. Dick avait tout cela et davantage, c'est pourquoi il n'était guère étonnant qu'on l'accueille comme un roi à chacune de ses escapades.

Ce soir-là, il y avait une nouvelle tête parmi les jeunes fauchés et les artistes maudits qui composaient habituellement son cercle d'amis : une beauté blonde aux proportions de rêve qui ondulait sur la piste comme la plus perverse des chattes. Elle convenait tout à fait à son affaire, si elle était consentante bien entendu. Dick admira longuement son déhanché sur la piste avant de demander des renseignements sur elle, comme tout bon détective qu'il était.

— Elle s'appelle Mandy Prey, lui souffla Greg, l'un des artistes les plus décalés que Dick ait jamais rencontré. C'est une chaudasse, j'te dis pas. C'est Mac qui l'a emmenée avec lui. Il dit qu'il l'a levée dans un bar.

Mac était le petit nom que l'on donnait à un drôle de type qui venait de temps à autre dans la boîte, un sinistre personnage toujours un peu à l'ouest qui buvait du whiskey comme d'autres boiraient du lait à la bouteille. Dick ne l'avait jamais entendu parler, mais il savait par les autres qu'il avait une voix rauque et des manières un peu brusques.

— Tu crois qu'elle accepterait que je lui paye un verre ?

— Tu te fous de moi ? Y'a pas une seule femme qui peut te résister, joli cœur. Y'a même des hommes qui vireraient de bord pour toi, Grayson !

Dick éclata de rire à cette remarque. Quel bien cela lui faisait-il de savoir cela ? Le seul homme auquel il s'était jamais intéressé avait bien fait comprendre qu'il ne voulait pas de Dick. Il but une autre gorgée de son martini pour se requinquer (se souvenir de ce fait n'avait jamais été très réjouissant), se recoiffa du bout des doigts et alla sur la piste.

Il n'eut pas le temps d'atteindre Mandy : il avait à peine fait quelques pas que quelqu'un le heurtait assez rudement. Dick poussa un juron.

— Désolé, mon mignon, susurra une voix à son oreille.

L'homme qui l'avait bousculé pouvait être décris comme le cliché du gay S-M : un short et un corset en cuir noir assortis à la casquette et aux bottes, des muscles dignes d'un body-builder et une magnifique moustache au-dessus d'une mâchoire aux dents parfaites. Dick lui lança un regard dubitatif.

— C'est rien, grommela-t-il, pressé de s'en aller.

— C'est ma faute, j'aurais dû faire attention. Tu sais quoi, mon mignon ? Je te paye un verre pour me faire pardonner.

Le tout dit d'une voix langoureuse assaisonné d'un clin d'œil. Ouais, Dick avait une touche. Sauf que ce n'était pas la bonne.

— Non merci, dit-il le plus naturellement possible. J'allais justement rejoindre ma copine là-bas. Pas envie de faire attendre une jolie femme.

Ce qu'il n'avait pas envie, surtout, c'était de se compromettre avec un homme autre que Bruce. Mais ça, personne n'était censé le savoir.

— Oh, elle pourra nous regarder boire, si elle veut.

D'accord, ça virait au bizarre. Autant être direct.

— Désolé mon grand, pas intéressé.

Son interlocuteur se colla un peu plus à lui.

— T'es sûr ? On pourrait passer du bon temps, toi et moi. Tu verras, je suis un pro dans mon genre.

Cette fois, Dick était hilare.

— Non merci. C'est très flatteur, mais je le répète, ça ne m'intéresse vraiment pas. Désolé.

L'homme haussa les épaules.

— Tant pis pour toi, belle gueule.

Ils retournèrent chacun à leurs affaires. Du moins Dick poursuivit sa route ; l'homme en cuir le regarda partir avant de s'esquiver dans un coin de la salle pour ôter sa moustache et se changer.

***

Il s'avéra que Mandy était plus qu'intéressée par Dick. Elle se frotta à lui sitôt qu'il se fut approché d'elle et ne le lâcha pas de la soirée. Joli brin de fille, mais avec la cervelle d'un petit pois sous acide. Dick lui paya deux verres qu'elle but d'une traite avant de lui proposer de finir la soirée dans un petit motel du coin. Dick n'avait aucune raison de refuser. C'était mieux que chez lui : au moins, même s'il laissait échapper le mauvais nom au beau milieu, Bruce ne l'entendrait pas.

Sleepy Rag possédait l'accueil le plus déprimant de tout Blüdhaven : un couloir étroit éclairé par une seule lampe à l'ampoule usée, un tapis râpé d'un goût plus que douteux, un comptoir branlant derrière lequel un vieil homme désabusé acceptait aussi bien les pourboires que les insultes. Ce n'était pas l'endroit idéal pour une fin de soirée romantique mais quand on avait juste envie de baiser tranquille sans avoir à se soucier du lendemain, c'était plus que suffisant. Dick suivit Mandy dans la chambre.

Quelque chose le titilla dès qu'il eut passé le pas de la porte : un danger imminent. Par réflexe, il voulut jeter Mandy à terre mais n'en eut pas le temps : une matraque s'abaissait vers lui pour l'assommer. Il l'évita de justesse et roula sur le côté, cherchant sa compagne des yeux.

— Zut, raté ! fit la voix de la belle.

Pas énervée pour un sou, Mandy s'appuya sur la brute épaisse qui s'était attaqué à Dick et sortit un tube de fond de teint et deux élastiques de son sac. Dick écarquilla les yeux.

— Mandy ? Ce type est dangereux !

— Évidemment qu'il l'est, trésor, c'est pour ça que Mistah J et moi on l'a engagé !

Ni une ni deux, elle attacha ses cheveux en deux couettes bondissantes. Puis elle s'appliqua avec ses doigts une tonne de fond de teint blanc sur le visage, mit un chapeau avec deux clochettes au bout et prit la pose.

— Tadah ! Harley Quinn !

— Non, fit Dick.

— Bien sûr que si ! Je suis presque comme elle ! Pas vrai, Mistah J ?

La porte s'ouvrit sur un étrange spectacle : Mac, habillé dans un costume râpé aux manches décousues, qui trottinait en brandissant à bout de bras un pistolet. Il avait appliqué le même type de maquillage que Mandy sur sa face, sauf qu'il avait ajouté un rouge à lèvres qui lui mangeait le bas du visage et avait teint grossièrement ses cheveux en vert.

— Mistah J, je présume ? fit Dick en réprimant un fou rire.

Mac grogna en montrant les dents.

— Ouais, Jonas Mac. Mistah J. on est les rois du crime, avec ma belle !

— Les rois de l'asile, oui. Je peux savoir à quoi vous jouez ?

Mac pointa son pistolet vers Dick.

— On ne joue pas ! On est les futurs rois du crime, Mandy et moi ! Comme le Joker et Harley Quinn ! Et tu vas nous donner tout ton fric, sale fils de riche !

— On t'avait pourtant prévenu, ajouta Mandy. On n'aime pas qu'on nous prenne pas au sérieux, Mistah J et moi.

— Oookay, fit Dick. Si toi tu es le Joker et toi Harley Quinn, lui c'est...

Dick pointa du doigt la brute à la matraque. Mandy haussa les épaules.

— Notre sous-fifre, bien sûr !

— M'appelle Karl, dit la brute. J'veux juste le fric.

Mandy lui donna un coup sur le bras.

— Tu es notre sous-fifre !

Karl poussa un énorme soupir.

— Ouais, comme tu veux, sœurette. Allez, dépêche-toi de lui soutirer son fric avec ton mec, qu'on se barre. J'ai pas envie que Nightwing rapplique.

En face, le Nightwing en question hésitait : devait-il se gondoler de rire ou soupirer à la suite de Karl ? C'était franchement ridicule, comme menace : des voyous de bas étage fans du Joker et de Harley au point de (mal) se déguiser comme eux. Qu'aurait-il à affronter, la prochaine fois ? Un type qui se mutile la moitié du visage à l'acide, un autre qui se coud des points d'interrogation sur le costume ? Une fille qui l'attaque en lui lançant des plantes en pot ?

— Écoutez les gars, c'est pas la peine d'en faire tout un plat. Je vous paye un bon repas et on oublie tout ça, hein ?

Tout en parlant, Dick surveillait les sorties potentielles du coin de l'œil, envisageait tous les scénarios possibles. Le pistolet de Mac, bien que peint en rouge, était bien réel. En outre, il savait par expérience qu'il ne fallait pas sous-estimer les tarés.

— Fais pas le malin, grogna Mac en levant le pistolet vers lui. Tu nous prends pas au sérieux, c'est ça ? Tu vas voir si on n'est pas sérieux avec une balle dans la tête !

— Holà, fit Karl, on se calme, hein, Mac. On veut juste le fric, pas de meurtre, on a dit.

— Il nous prend pas au sérieux ! hurla Mac.

— Pourquoi si sérieux ? fit alors une voix gutturale dans son dos.

Ombre surgissant de l'ombre, une silhouette massive se jeta sur Mac pour le mettre à terre. Mandy poussa un cri et recula ; dans sa panique, elle trébucha sur le lit et tomba dedans, s'emmêla dans les draps défaits. Karl voulut porter secours à Mac et finit assommé sur le plancher tandis que Mac hurlait insanités après insanités, coincé sous son agresseur.

Batman. Évidemment.

— La soirée thématique ne pouvait pas être complète sans lui, fit bêtement Dick en sortant des menottes de sa poche.

Il les passa autour des poignets de Mandy, le tout sans oser croiser le regard de Bruce.

— Ça avait pourtant si bien commencé entre nous, soupira-t-il à l'intention de Mandy. Enfin... Tu as le droit de garder le silence...

Après toutes ces émotions, il n'y avait plus qu'à appeler les autorités. Et à ajouter un rapport de plus sur sa pile.

***

— Je peux savoir à quoi tu joues ? Tu aurais pu te faire tuer !

Évidemment, la première chose que lui dit Batman après cette mésaventure devait forcément être un reproche. Dick lui lança un regard mauvais. Il avait décidé de rentrer chez lui pour tenter d'oublier cette soirée désastreuse devant un bon film avant de partir pour sa patrouille quotidienne. Batman avait attendu qu'il rentre, ferme le verrou, se change et prépare un plateau-télé avant de surgir enfin de l'ombre. C'était tout lui, tiens.

— Je voulais juste prendre un peu de bon temps. Pas de quoi me crier dessus !

— C'était un piège. Tu aurais dû rester vigilant après ce message de menace !

— Sois sérieux ! Ça ressemblait plus à une blague de gosse qu'à une vraie menace ! Et t'as vu ces zigotos ? J'aurais pu les battre les yeux fermés !

— Pas avec une arme à feu ! Il suffit d'une balle perdue et...

— Je sais, merde ! Fais-moi un peu confiance !

— Comment veux-tu que je te fasse confiance quand tu cumules les maladresses de cette manière ?

— Ce n'était pas une maladresse !

— Tu négliges un message de menace et le soir même, tu te laisses entraîner dans un endroit douteux par une fille que tu n'as jamais rencontré avant ! Tu as raison, ce n'est pas de la maladresse, c'est de l'inconscience pure !

— Fous-moi la paix ! Tu n'es pas mon père !

— Bien sûr que si !

D'accord, à partir du moment où ils en arrivaient là, c'était que leur dispute commençait à mal tourner. Dick inspira un grand coup, le regard rivé sur Bruce. Lequel se servit de sa stature de Batman pour le dominer en bombant le torse. Comme deux mâles prêts à s'affronter lors de la prise de pouvoir. Pathétique.

Dick n'avait rien à prouver, merde ! Il ne voulait pas du royaume de Batman et il n'avait plus rien à lui rendre !

— Va-t'en, finit-il par dire. Batman n'est pas le bienvenu ici. C'est le territoire de Nightwing.

— Dick...

— Bonne nuit, Batman.

Bruce lui jeta un regard en biais mais ne répondit pas. Il s'en alla comme il était arrivé.

***

Un bruit strident réveilla Dick alors qu'il rêvait de chocolat et de vélos en bois : la sonnerie de son portable. Il regarda sa montre : il avait à peine dormi trois heures, soit une heure de moins que d'habitude. Enfin, c'était mieux que rien.

— Dick Grayson, fit-il en décrochant, la voix encore pâteuse.

— Bonjour, Dick.

Barbara. Dick se réveilla d'un coup.

— Salut, Babs. Il se passe un truc ?

— Pas spécialement. Tu peux me dire pourquoi Batman a passé la nuit dernière à débusquer la moitié des gangs de Gotham pour les tabasser en bonne et due forme avant de les amener à la police ficelés comme une botte de radis ?

Dick fit la grimace. Évidemment. Bruce avait tendance à réagir de manière imprévisible quand quelque chose n'allait pas dans sa vie. Ou peut-être était-ce suffisamment prévisible pour qui le connaissait, car à chaque fois, c'était lui que Barbara appelait pour demander une explication.

— On a eu comme qui dirait une petite dispute, la nuit dernière.

— Ça je sais, Mister Obvious. Ça commence à faire... oh, je ne sais pas, la troisième fois dans le mois ? Vous les garçons, vous n'avez vraiment rien de mieux à faire ? Bon, je ne me plains pas des arrestations, mais ce n'est quand même pas sain, ces réactions excessives...

— Eh ! C'est pas moi qui ai foutu une raclée à ces types !

— Non, mais tu en es la cause directe. Ose le nier.

Dick ne répondit pas. Barbara et lui savaient que c'était inutile.

— Quoi qu'il en soit, poursuivit-elle, il serait grand temps que vous vous réconciliez, ou au moins que vous arriviez à un accord. L'opinion publique commence à croire que Batman a des tendances psychopathes, avec ses attaques massives et soudaines.

— Tu avoueras que ce n'est pas si loin de la vérité, grommela Dick. Br... Batman a un sérieux problème de personnalité.

— Au singulier ou un pluriel ?

— Les deux.

Barbara soupira.

— Je ne dirai rien là-dessus, mais réfléchis-y, ok ?

— Dis-le lui. Il refuse de m'écouter.

— Un dialogue est à double sens, Dick.

— Dis-le lui !

Autre soupir de Barbara. Dick s'en voulut (un peu) de lui donner tant de tracas alors qu'elle avait ses propres crises personnelles à gérer.

— Je ne te promets rien, dit-il à contrecœur, mais je vais essayer.

— Merci. Prends soin de toi, Dick.

— Ouais, toi aussi. Bye, ma belle.

— Au revoir.

Dick raccrocha avec un souci de plus sur les bras. Parler avec Bruce. Plus facile à dire qu'à faire. Il ricana.

— Tu crois que tu en serais capable ? dit-il à la plante en pot qui lui faisait face.

Il savait qu'une caméra microscopique avait été ajoutée au feuillage. En tout, il y avait soixante-sept appareils de surveillance dans son appartement et trente-deux sur son lieu de travail, sans compter les caméras du secteur public et des établissements privés qu'on trouvait dans toute la ville. Indépendant ? Hors de la zone d'influence de Bruce ? Quelle vaste blague.

— Tu as une heure, pas une minute de plus. Passé ce délai, j'estimerai que tu ne veux pas entamer le dialogue.

Dick ferma les yeux. Allez, un peu de courage, Grayson.

— Barbara a raison. Il est temps de crever l'abcès. Si tu viens, je te dirai tout. À toi de voir comment tu veux réagir.

Voilà, le message était passé. Dick s'assit sur son lit et attendit.

Plus que cinquante-neuf minutes.
Tags: auteur:elijah, dcu, fic, pour:tinkerbell
Subscribe

  • Post a new comment

    Error

    default userpic
    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 8 comments